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"Les larmes du temps… "

 

 

 

Par Rainbow

 

Site Entre elle... émoi

 

 

 

Elle se rappelait ce jour tragique, où les médecins avaient diagnostiqué après une tomoscintigraphie et des examens cliniques, la maladie ; Ça lui avait semblé tellement abscons.

Aujourd’hui elle savait ce que voulait dire : "une maladie dégénérative, qui provoque des lésions au cerveau. " Elle se rappelait avoir vu son amie perdre progressivement les gestes du quotidien aussi simples soient-ils, sans possibilité de les recouvrer. Mais elle savait au plus profond d’elle, que la maladie ne modifiait en rien la capacité de sa compagne à éprouver des sentiments et à y réagir, c’est ce qui la faisait tenir.

Les médecins l’avaient prévenue et les mots frappent encore dans sa tête : "Il va sans dire que prendre soin d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer peut s'avérer frustrant et difficile. "

*****

Ce matin-là, Marie se leva aux aurores comme à son habitude depuis plus d’un an. Après une bonne douche et quelques menus travaux ménagers, elle prépara le bain de son amie. Elle augmenta le chauffage de la pièce, mit un peu de musique en fond sonore, plaça savon, shampoing et serviettes prêts à l’emploi et se rendit dans la chambre afin de réveiller sa compagne. Depuis que la maladie était entrée dans leur vie, elle suivait à la lettre les conseils, qu’elle glanait ça et là au gré des livres et des expériences, qu’elle partageait au sein de son groupe d’aide via une association assez vivante.

Francine était assise, la tête entre les mains, marmonnant des paroles incompréhensibles. A l’approche de Marie, elle s’exclama affolée : "Qui êtes-vous ? Laissez-moi, je vous en supplie ! "

Face à la crise de son amie Marie sortit de la pièce, comme conseillé par les médecins, sans toutefois trop s’éloigner. Elle s’appuya contre le chambranle de la porte et tout en levant les yeux au plafond laissa échapper ses larmes. Lentement elle glissa à terre et se retrouva assise la tête enfouie dans ses bras à présent croisés, le corps secoué de sanglots. Ce n’était pas la première fois que son amie ne la reconnaissait pas, mais toujours cette même douleur dans la poitrine.

Sur le guéridon à sa droite trônait le téléphone, elle s’en empara et composa machinalement le numéro de l’infirmière, qui passait deux fois par jour s’occuper de Francine.

Le coup de téléphone fut bref et une voiture ne tarda pas à arriver à leur domicile.

Camille possédait les clés du couple, elle était très vite devenue la confidente de Marie et une amie sûre. Elle entra rapidement, elle avait senti le désarroi de Marie au téléphone et sut tout de suite où regarder.

Marie leva à peine les yeux lorsque Camille vint la relever et l’accompagna dans la cuisine. Elle mit la théière sur le feu et lui glissa tendrement à l’oreille : "Je prends la relève, repose-toi un peu. "

Elle grimpa quatre à quatre les escaliers menant aux chambres et s’approcha doucement de Francine. Elle s’assit d’abord au pied du lit pour ne pas la brusquer et petit à petit put l’accompagner au bain.

*****

Camille accompagna Francine au soleil dans la véranda et regagna la cuisine. Quelques minutes après, elle était de retour aux côtés de sa patiente et lui faisait prendre son petit déjeuner, petits pains et thé comme à son habitude.

Avant de partir, elle posa une main amicale sur l’épaule de Marie, qui n’avait pas bougé d’un pouce. Cette dernière leva les yeux, elle semblait avoir vieilli de dix ans en l’espace de seize mois : "Je suis si fatiguée… " Réussit-elle à marmonner. Camille s’accroupit et prit le visage entre ses mains : "Je sais… Tu peux compter sur moi. "

*****

Ce matin-là, Marie se leva aux aurores. Après une bonne douche, elle décida de finir le repassage commencé la veille. Elle en vint à bout en quelques minutes, et profita du sommeil de son amie pour le ranger dans la chambre.

"Chérie ! "

Marie se retourna brusquement. Longtemps qu’elle n’avait plus entendu ce petit mot pourtant si cher à son cœur et s’approcha de Francine sans mot dire.

"Que fais-tu ? "

Après une longue hésitation, Marie répondit :

"Je range le linge, que je viens de repasser. "

Voulant profiter du moment présent et par conséquent de l’amnésie de la maladie, elle abandonna là sa tâche et tout en se penchant davantage vers sa compagne l’embrassa, les yeux ouverts. Elle fut la première à pleurer, ses larmes tombant sur les joues de sa bien-aimée jusqu’à ce que cette dernière pleure, elle aussi.

Fin

Un grand merci à l’ensemble des personnes qui m’ont "accompagnée " sur ce texte, vous m’êtes précieuses !

(mars 2004)

 

 

 

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