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| Table des matières |
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- Note de la traductrice: vous l’aurez sans doute remarqué (ou vous allez assez vite le faire) le flambeau a changé de main. J’ai repris la traduction de la onzième histoire de Dar et Kerry, avec l’aide de Fryda, qui reste LA référence en matière de traduction des histoires de Missy Good…
Un grand grand grand merci à Fryda pour la relecture, ainsi qu’à Emilie Happymeal.
J’espère que vous apprécierez.
Bonne lecture.
Gaby. (mai 2008)
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La salle de conférence était presque pleine, chaque place de la longue table prise à l’exception de celle du bout. La lumière du soleil d’après-midi se déversait dans la pièce, résistant aux efforts du système d’air conditionné. Après un moment passé à plisser les yeux, Marc Polenti se leva et marcha jusqu’aux grandes baies vitrées. « Putain. » Il abaissa les stores. « On pourrait carrément faire cuire un œuf sur ce truc. »
« Sans blague. » Peter Prescott, un des chefs de service de l’informatique approuva. « Ça me fait transpirer rien que de penser à sortir récupérer ma voiture. »
Avec un hochement de tête Marc revint à sa place. Le chef du GSI ramassa son stylo, le fit tourner entre ses doigts, et s’installa dans une des chaises en cuir qui entouraient la table. « Ce foutu été est bien trop long. »
« Mmh. »
« Ouais. »
Une vague d’accord monta autour de la table de la part des directeurs techniques assemblés. « Je ne resterai pas dehors une minute de plus que nécessaire. » Ajouta Peter. « Bon sang, je vois tous ces touristes barjos sur la plage… ils rôtissent comme des dindes de Thanksgiving. »
« Ça c’est sûr. » Grogna Mark.
La porte de la salle de conférence s’ouvrit, et ils se retournèrent. Ils écarquillèrent les yeux à la vue de la nouvelle venue qui entrait d‘un pas chaloupé, swinguant sur une musique qu’elle seule entendait, tout en traversant la pièce pour se laisser tomber sur la chaise à l’extrémité de la table.
Relativement petite, mais souple et musclée, la femme ôta sa veste de tailleur bleue et la posa avec soin sur le dossier avant de s’accouder sur la table, finissant en beauté sa petite danse.
« Salut les gars. » Kerry leur sourit. « Est-ce que ce n‘est pas une journée magnifique ? »
Les responsables du département des opérations se regardèrent avant de tourner leur regard vers leur chef blond. Kerry était habillée d’un tailleur strict avec un chemisier de soie couleur crème impeccablement repassée, mais ses cheveux pâles et courts étaient si ébouriffés qu’on pouvait croire que la vice-présidente des opérations avait passé la tête par la vitre d’une voiture à pleine vitesse en rentrant de son déjeuner.
« Euh. » Mark s’éclaircit la gorge. « Ouais, bien sûr. » Dit-il. « La machine à café est enfin réparée. » Il fronça les sourcils. « Est-ce que tu… as bu une coupe ou deux pour fêter ça ou quoi ? »
« Nan. » Kerry croisa ses doigts sur la table devant elle. « Essaye encore. »
« Est-ce que… on a atteint nos objectifs ? » Hasarda Peter.
« Oui, mais ce n’est pas pour ça que je suis de bonne humeur. » Répondit son patron.
« Est-ce que… votre chienne a eu des chiots ? » Demanda Ellen Jasmine depuis le bout de la table, son visage ridé s’étirant dans un sourire.
« Non, non, non. » Kerry remua les doigts. « Non, pas de chiot, ni de chaton, et ni Dar ni moi ne sommes enceintes, alors n’allez pas dans cette direction. » Elle dansa un peu sur son siège. « Allez, allez… On n‘a fait que parler de ça depuis un mois. »
Mark grimaça. « Ne me dis pas que tu es devenue dingue parce que tu vas à cette convention sur les nouvelles technologies. »
Kerry lui fit un grand sourire.
Autour les autres ne savaient pas s’ils devaient rire ou grogner. « Seigneur. » Marc se couvrit les yeux. « Et moi qui croyais que j’étais le plus fêlé ici. » Il pointa un doigt vers Kerry. « Je m’étais trompé. Tu gagnes. Je te cède la place. »
La vice-présidente des opérations ouvrit le porte-document posé devant elle et gloussa. « En fait. » Elle jeta un coup d’œil alentour et baissa la voix. « Je me fiche comme de l’an quarante de cette convention. C’est juste que j’attends depuis si longtemps de pouvoir retourner à Disney World avec Dar. » Son visage se plissa dans un nouveau sourire, le bronzage d’été accentuant la clarté de ses cheveux et le vert pétillant de ses yeux.
« Aah! » Ellen rit. « Je comprend mieux. »
« Argm. … Orlando en juillet ? Kerry tu vas le regretter. » Objecta Mark. « Même la célèbre souris ne me ferait pas changer d’avis en cette saison. »
« Visiblement toi… » Elle pointa son doigt vers lui. « Tu n’as jamais été là-bas avec Dar. » Elle vérifia son ordre du jour. « Okay. Voyons où nous en sommes ce mois-ci. » Elle passa en mode boulot, sa voix devenant plus froide et professionnelle. « Alors j’ai quelques bonnes nouvelles, et quelques mauvaises. »
L’atmosphère de la pièce se fit soudain plus sérieuse. Autour de la table, les yeux se croisèrent avec une légère appréhension, la peur universelle de membres de la compagnie appréciés et expérimentés mais finalement impuissants face à ce genre de déclaration. Même si tous dans cette pièce avaient confiance en Kerry, et l’appréciaient, chacun savait aussi exactement vers qui allait sa loyauté.
« Débarrassons nous tout de suite des mauvaises. » Dit Kerry. « Premièrement, laissez moi préciser que d’aucune manière Dar ou moi ne tenons responsable qui que ce soit ici pour les vingt pour cent de nos contrats de renouvellement qui n’ont pas été signés ce trimestre. » Elle leva les yeux, croisant les regards attentifs autour d’elle. « Notre service n’est pas remis en cause et il n’était pas non plus un facteur déterminant lors des signatures. »
Mark expira bruyamment. « Foutus bluffeurs. »
Le visage de Kerry se fronça légèrement. « Pour information - quand le service Ventes a donné son dernier prix, c’est Dar qui a tiré un trait et dit que nous ne ferions pas de contre-proposition. Okay » Elle leur laissa un moment pour absorber la nouvelle. « Dar a dit qu’elle ne vendrait pas nos services pour un montant aussi ridicule. Nous avons décidé que nous ne pouvions pas fournir un niveau acceptable de service pour le montant qu’ils suggéraient. » Elle marqua une pause. « J’ai approuvé sans réserve. »
Les corps se relâchèrent dans la pièce, retombant dans leurs fauteuils en cuir avec de faibles couinements.
« Kerry c’est un truc génial à entendre. » Dit Ellen d’un ton sérieux. « J’ai un ami qui travaille pour nos amis à l’ouest et la dernière fois qu’un truc pareil leur est arrivé ils ont eu chaud pendant un bon moment. »
Kerry appuya son menton sur ses mains croisées. « Dar ne laisserait jamais faire ça. » Dit-elle. « Mais laissez moi vous dire que ces réunions à Houston la semaine dernière n’étaient vraiment pas jolies à voir. »
« Ouais, j’imagine. » Marmonna Marc. « Mais Kerry, j’ai vu ces foutus chiffres. Il n’y a aucun moyen que ces gars puissent livrer ce qu’ils ont dit. »
Son patron haussa légèrement l’épaule. « Le temps nous le dira. Mais en attendant nous devons trouver le financement pour ces vingt pour cent du budget, où nous allons les perdre. Ce qui veut dire que vous devez vérifier trrèèès attentivement vos cahiers de charges et voir si nous n’avons pas un peu de mou quelque part. » Les avertit-elle. « Si ça doit se répéter au prochain trimestre, les choses pourraient devenir vraiment tendues par ici. »
Tout le monde acquiesça, comprenant la menace.
« Et maintenant les bonnes nouvelles. » Kerry changea de nouveau d’attitude, observant les regards, pour trouver la réponse qu’elle y cherchait. « Nous avons atteint nos objectifs, en fait… » Elle leur sourit chaleureusement. « Nous les avons même dépassés. Je suis très fière de ça, et Dar aussi. » Ses yeux scintillèrent légèrement. « Alors même si je sais que tout le monde a entendu parler du gel des salaires… »
Marc se racla la gorge. Ellen regarda au loin, au-delà des baies vitrées. Le reste de la table trouva quelque chose d’intéressant à étudier qui n’impliquait pas de femme blonde de taille moyenne. Chacun savait à quel point Kerry détestait les potins de bureau, et les gens avisés n’en parlaient jamais en sa présence.
« Ça ne s’applique pas à nous. » Kerry finit calmement. « J’ai traité la première série d’augmentations de ce trimestre, et les primes, ça devrait arriver sur vos postes d’ici à ce que vous retourniez à vos bureaux. » Elle sourit presque aux hoquets instinctifs de cette déclaration inattendue. « S’il vous plait faites savoir à vos équipes que nous apprécions le travail fourni tout au long de cette année, et que nous espérons qu’ils continueront le reste de l’année sur la même voie. »
Pendant un long moment le silence se fit autour de la table. Puis Marc bascula vers l’avant et appuya ses coudes sur la table. « Bon Dieu, boss. Mes chaussettes sont encore en train de danser la salsa au plafond. » Dit-il. « Ça ne va pas rendre les autres furieux ? »
Kerry s’enfonça dans son fauteuil en étendant les jambes pour les croiser aux chevilles. « Et bien. » Elle réunit ses doigts et se tapota le menton. « Tout d’abord personne ne devrait parler de ça ». Un sourcil blond s’arqua de manière expressive. « Mais si quelqu’un a un problème je l’invite à se diriger de ce côté-ci. » Elle leva son pouce en direction du bureau de Dar.
« Pas vers toi ? » Demanda Ellen avec curiosité.
Les narines de Kerry s’écartèrent légèrement. « Ordres de Dar. » Répondit-elle brièvement. Après un moment de silence, elle hocha la tête. « Okay, quel est le point suivant à l’ordre du jour ? »
Son équipe remua autour de la table, se penchant en avant et classant leurs papiers dans un moment de détente. Kerry profita de l’occasion pour les évaluer silencieusement, absorbant leur air surpris après sa dernière déclaration. Ils savaient qu’elle était un fervent défenseur de ses propres prérogatives, et aussi qu’elle était l’une des rares personnes, peut être même la seule, capable de tenir tête à leur légendaire DSI (NDLT: directrice des systèmes d‘information).
Et bien. Kerry croisa ses mains sur son estomac, tapotant ses pouces paresseusement. Tout reviendrait dans l’ordre d’ici quelques jours, et après ça, il y avait Disney World à redécouvrir.
Ce n’est pas qu’elle se fichait des problèmes de la compagnie - ils lui pesaient de plus en plus sur les épaules. Mais comme elle l’avait dit à son équipe ce n’était pas eux qui avaient déposé les problèmes sur le seuil de leur porte, et la meilleure chose à faire était de continuer leur travail du mieux qu’ils en étaient capables.
Et cela voulait dire qu’il fallait faire bonne figure à la convention. « Tout le monde est près pour la convention dont j’ai parlé tout à l’heure ? » Demanda-t-elle.
« L’équipe prospective est dans les starting-blocks..» Répondit Marc en cochant quelque chose sur son agenda.
« Qui s’en occupe ? » Demanda Kerry. « Toi ? »
Le chef du GSI releva brièvement la tête. « Peter. Il est pote avec le pleurnichard en chef d’Eleanor. Ils s’entendent bien. »
« Celui avec les sourcils piercés ? »
« Euh… »
« Bon choix. » Kerry réunit ses papiers. « Alors, dites moi ce qui n’a pas marché cette semaine. »
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« Dar, écoutez. »
« J’écoute. » Dar Roberts choisit une fléchette colorée dans la boîte posée sur ses genoux et la lança, grimaçant de triomphe quand la pointe se ficha au centre de la nouvelle cible accrochée au mur. « Je n‘ai entendu que des vagues de conneries jusqu‘à présent, mais j‘écoute.»
« Des vagues ? Vous êtes encore sortie avec votre bateau ? » Gloussa Alastair McLean.
« On était chez mon père. » Répondit Dar en lançant une autre fléchette. « Alastair, nous avons déjà tourné la question dans tous les sens. Nous savons tous les deux qu’il n’y a aucune foutue bonne réponse. »
Un long soupir s’écoula du téléphone.
« J’ai mis la pression sur chacun de nos fournisseurs, je les ai poussés autant que je pouvais, et ils m’ont tous donné le prix le plus bas possible sans pour autant perdre de l’argent. » Dit Dar.
« Je sais. »
« J’ai coupé les budgets jusqu’à l’os. Il n’y a plus aucune marge de manoeuvre, plus aucun mou dans les chiffres que je pourrais utiliser. »
« Dar je sais ça aussi. »
Dar lança une autre fléchette dans la cible, clouant le centre. « Alors pourquoi est-on encore en train de discuter? Q’est-ce que vous voulez de moi Alastair ? Vous voulez peut-être que je vende mon bureau ? »
Un autre long soupir. « Vous pourriez revoir les augmentations. »
« Non. »
« Dar. »
« Non. » Dar répéta fermement. « Prenez le sur ma paye si vous voulez. Mais ces gens le méritent. »
Son patron grogna. « C’est bien le moment pour vous transformer en foutu Robin Des Bois. »
La porte intérieure du bureau de Dar s’ouvrit et une tête blonde ébouriffée apparut. Dar lui fit un large sourire et agita une fléchette en silence, pointant le téléphone comme pour le viser. « Moi, Robin Des Bois ? Allez Alastair. J’estime juste mes gens autant que vous estimez les vôtres. »
Kerry leva les pouces, et se mordit la lèvre pour ne pas rire.
« Ahem. » Alastair s’éclaircit la gorge. « Je l’ai bien cherchée celle-là c’est ça ? » Admit-il. « C’est bon. Mais s’il vous plait Dar - essayez de ramener quelque chose de positif de cette convention, d’accord ? J’ai besoin d’autre chose que des mauvaises nouvelles pour la réunion du conseil d’administration le mois prochain. »
« Je ferai mon possible. »
« Je sais que je peux compter sur vous Dar. » Termina Alastair. « Bonne chance! »
La ligne s’éteignit dans un dernier bip. Dar leva les yeux au ciel tandis que Kerry traversait la pièce et arrivait à ses côtés. « Salut toi. »
« Hey. » Kerry s’assit sur le bord du bureau de Dar, les pieds pendant juste assez pour que ses talons courts ne touchent pas le sol. « Il a l’air inquiet. »
« Il l’est. » Acquiesça sa compagne.
« Tu n’as pas l’air inquiet. »
Dar attrapa une autre fléchette et la lança contre le panneau, un cadeau de Noël tout neuf de Kerry. « Tu veux savoir la vérité ? » Elle observa intensément le visage de Kerry. « Je ne sais pas si ça m’importe vraiment. »
Kerry s’approcha et passa ses doigts dans les cheveux épais et sombres de Dar avant de glisser sur un sourcil finement dessiné au dessus d‘un œil bleu clair. « Oui, je sais. » Murmura-t-elle. La peau de Dar était plus bronzée que la sienne, et sous sa main de fines lignes plus claires attestaient du soleil brûlant de Floride qui vous faisait plisser les yeux.
Dar battit des cils et joua avec une autre flèche. « Je m’en soucie toujours. » Elle haussa une épaule. « C’est juste que je ne prends plus les choses aussi au sérieux qu’avant. »
« C’est okay. » Lui dit sa compagne. « Je dois admettre que je suis plus excitée à l’idée de retourner à Disney World avec toi que je ne le suis pour la convention, donc tu n’as pas à te sentir mal à l’aise avec ça. »
Dar lui jeta un coup d’œil. « Vraiment ? »
Kerry grimaça. « Ouais. Je cherche encore un moyen pour diriger les différents scénarios de présentation depuis nos pda. » Elle gratta doucement Dar derrière les oreilles du bout des doigts. « Ça te dirait de partir un peu plus tôt, juste pour vérifier le centre de convention ? »
Sa grande chef ouvrit le tiroir plat qui se trouvait sous son bureau et en retira une chemise, l’ouvrant adroitement avec son pouce pour en révéler le contenu.
« Mmh… On dirait des billets d’avion. »
« On dirait que tu as raison. » Acquiesça Dar. « Allez. » Elle se leva, enroulant son bras autour de la taille de Kerry pour la mettre debout elle aussi. « Allons emballer quelques affaires, Yankee. »
Kerry lui rendit aimablement son étreinte, appuyant sa tête contre l’épaule de Dar. « Hey Dar ? »
« C’est moi. »
« Si j’avais une extension de mémoire pour mon Palm, je crois vraiment que je pourrais diriger la présentation à distance.»
« Pendant que nous descendrons les torrents de DisneyWorld ? »
« Ouaip. »
Dar marcha vers la porte du bureau, considérant la question. « Tu vas avoir besoin d’un étui imperméable dans ce cas. » Conclut-elle. « Je crois que le magasin de plongée en a des bleus. »
Kerry se contenta de glousser tandis qu’elles passaient la porte et se dirigeaient vers l’ascenseur.
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Ahh. Kerry ferma les yeux et soupira, appréciant la douce fraîcheur de l’air conditionné du condo contre sa peau tout juste sèche. Elle pouvait sentir faiblement l’odeur des épices de leur dîner qui flottait dans l’air et la légère douleur de leur entraînement de boxe alourdissait encore un peu ses bras.
Que la vie était belle. Même si au départ elle n’était pas certaine d’apprécier le kickboxing, elle avait aimé chaque minute des cours qu’elles prenaient. C’était aussi nouveau pour Dar, et le processus d’apprentissage l’excitait et l’amusait.
En plus Dar était si mignonne avec ses gants de boxe.
« Hey, Ker. »
Kerry ouvrit un œil, et le dirigea vers la chambre à coucher de Dar. « Ouais? » Elle s’installa sur le canapé dans une position un peu plus confortable, bougeant sur le dos et elle attendit.
« Tu crois qu’un tee-shirt suffira pour l’avion ? »
Un tee-shirt. Kerry considéra la question avec tout le sérieux que nécessitait une telle question. « Un débardeur. » Corrigea-t-elle. « Comme par exemple le joli bleu pâle que tu avais l’autre jour. »
Le bruit léger de pieds nus glissant sur le sol arriva dans le salon, accompagnés de leur propriétaire. « Quoi ? » Demanda Dar, posant les poings sur ses hanches. « Il y a l’air conditionné dans ces fichus trucs, Kerry. »
« Je sais. » La femme blonde consentit sans hésiter. « Mais je te trouve craquante dans ce débardeur, et si tu as trop froid je peux toujours te réchauffer. » Elle étudia la grande silhouette, finement musclée dans ses jeans et son soutien-gorge. « Ou tu pourrais y aller juste comme ça. »
Sa compagne s’avança, s’assit sur le bord du canapé, et passa son bras autour des hanches de Kerry en lui lançant un regard affectueux. « Ça veut dire que tu vas porter ton nouveau maillot dans l’avion ? » Demanda-t-elle avec un sourire.
« Le gris ? » Avança Kerry. « Dar, il est transparent. »
Dar sourit de plus belle.
« Hm. » Kerry fit glisser sa main sur toute la longueur de la cuisse de Dar. « Nan, je crois que je vais le garder pour le jacuzzi. » Dit-elle. « J’attends ce voyage avec impatience. » Son visage se plissa en un doux sourire. « J’ai de très bons souvenirs du dernier. »
Les yeux bleus scintillèrent. « Moi aussi. » Répondit Dar. « J’aurais aimé qu’il n’y ait pas cette stupide convention, mais c’est aussi une bonne excuse pour aller passer une semaine là-bas. » Elle s’appuya un peu contre Kerry. « Tes affaires sont prêtes ? Papa est passé prendre Chino pendant que tu étais sous la douche. »
« Ouaip, j’ai tous les accessoires. Une petite valise avec des vêtements pratiques et un sac pour mes tailleurs. Tu es prête ? Je peux aller démarrer la voiturette ? »
« Je n’ai plus qu’à enfiler mon tee-shirt. » Dar se pencha en avant, souriant quand les bras de Kerry glissèrent autour de son cou et qu’elles s’embrassèrent. Après quelques instants d’une intensité croissante, elle bougea et s’installa, à moitié sur le côté à moitié sur le corps de Kerry.
C’était vraiment un grand canapé, et elles avaient largement la place de s’y installer ensemble. Dar prolongea le baiser en glissant lentement sa main sous l’étoffe du tee-shirt en coton de Kerry, traçant un chemin depuis son nombril pour faire glisser ses doigts à la limite de la courbe d’un sein.
Même après un an et demi, ça saisissait toujours Kerry directement dans les tripes, la réaction de son corps au doux contact de Dar lui ôtait toute capacité à penser normalement. Elle lui retourna l’attention, ce qui lui était bien plus facile puisqu’il n’y avait rien entre elle et sa partenaire sauf la soie légère du soutien gorge de Dar.
Elle aimait la façon dont le corps de Dar bougeait sous ses mains. « On va louper l’avion. » Chuchota Kerry en caressant le contour du nombril de Dar avec son index. « On peut conduire. » Dar mordilla un lobe à portée. « Mes parents et moi le faisions tout le temps. »
Kerry se perdit dans l’odeur riche de la peau de Dar pendant un moment. Puis elle fit une pause avant de doucement pousser Dar dans les côtes du bout des doigts. « Tu sais quoi ? »
Dar se mit nez à nez avec elle, léchant ses lèvres d’une langue curieuse. « Quoi ? »
« Allons-y en voiture. » Kerry défit le premier bouton du jean de Dar. « Ça va être amusant. » Elle laissa ses pensées dériver, seulement consciente de la passion brûlante qui la submergeait. « Toi… moi… »
« Et des hot-dogs sur l‘autoroute. Ouais. » Dar rit doucement. « Ça me va. »
Kerry rit avec elle, et savoura le contact de sa peau nue. Elle aimait la manière dont Dar la touchait, elle aimait la texture soyeuse de sa peau et les légers frissons qui la parcouraient quand ses mains l’exploraient.
Elle aimait le grognement bas d’approbation quand elle chatouilla son oreille, et la pression quand Dar fit glisser une cuisse entre les siennes en tirant sur son short.
Vous savez quoi, parfois la vie était tout simplement géniale.
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Deux heures plus tard, elles étaient assises côte à côte dans la Lexus de Dar, remontant l’autoroute de Floride tandis que les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière les pins bordant la route. Kerry avait reculé le siège passager au maximum, ses pieds nus étaient posés contre le tableau de bord, et Dar était adossée dans une attitude décontractée, une main sur le volant.
« T’sais, je crois que c’est vraiment une bonne idée. » Commenta Kerry, après qu’elles aient gardé le silence quelques minutes, pendant qu‘elle choisissait un cd. « Nous aurions eu besoin d’une voiture là-bas de toute façon, et entre le temps qu’on aurait perdu à l’aéroport de Miami et à celui d’Orlando, ça reviendra au même. »
« Mh mmh. » Dar passa la main derrière elle et attrapa une bouteille de Yoohoo dans le seau à glace posé sur le siège arrière. « Et nous avons de meilleurs rafraîchissements. »
Kerry fit glisser un cd dans la chaîne, et se radossa, entourant un genou avec ses bras. Elle regarda le paysage défiler, et décida que l’état de Floride avait en commun avec l’état du Michigan des terrains plats et une horticulture ennuyeuse. « C’est comme ça tout le long ? »
Dar jeta un coup d’œil alentour alors que le jour déclinait. « Quasiment. » Admit-elle. «On partait vers… 4h du matin il me semble, pour arriver jusque là-bas. Papa disait toujours qu’il n’y avait rien à voir, que ce n’était pas la peine de gâcher la lumière du soleil. » Se souvint-elle, en déportant la voiture sur la voie de gauche pour dépasser un camion qui traînait un peu trop. « Vous faisiez souvent des voyages en voiture ? »
Kerry laissa tomber sa tête contre le dossier. « Pas avec ma famille, non. » Lui répondit-elle d’un ton calme. « Mais on allait camper en été, ouais. Tous dans un bus. C’était vraiment sympa. » Un bref éclair de civilisation apparut sur la droite, une maison blanche solitaire qui faisait face à la route, avec devant un vieux bus rouillé. « Ce n’était pas vraiment un camp du genre sauvage et improvisé - c’était organisé par l’école. Mais Angie et moi on comptait les jours avant d’aller là-bas, et on était toujours tristes de devoir en partir. »
Dar se rabattit sur la file de droite, et s’installa sur son siège. « C’était où ? »
« Dans les montagnes. » Répondit sa compagne. « On avait des chalets sophistiqués, avec le service de chambre deux fois par jour et un domestique qui s’occupait de notre linge. Tu vois le genre. » Son regard glissa sur le côté. « Évidemment non, tu n’as pas connu ça, et quand j’y repense maintenant je réalise à quel point ce truc était incroyablement prétentieux. »
« Eh. » La femme aux cheveux noirs gloussa doucement. « Je suis allée une ou deux fois dans un camp du YMCA, mais dès que j’ai été plus vieille j’allais aux colos de la base. »
Les lèvres de Kerry se pincèrent. « Pas de domestiques, hein? »
« Non. » Dar hocha la tête. « C’était des gamins qui avaient grandi sur des bases militaires, qui avaient tous la même façon de penser et qui avaient toujours vécu dans ce milieu. On faisait des jeux de guerre, du camping, de la chasse… » Un sourire apparut. « Je m‘éclatais. C’était l’une des rares fois où je me souviens juste m‘être sentie vraiment … » Elle marqua une pause.
« Heureuse ? » Devina Kerry.
« Satisfaite. » Corrigea Dar. « Acceptée peut être. » Elle se déporta de nouveau sur la gauche pour éviter une Lincoln Town aussi longue que la Lexus conduite par ce qui ressemblait à un elfe. « J’étais si stupidement sûre que c’était la vie que je voulais. »
« Et bien. » Kerry attrapa la bouteille de Yoohoo et prit une gorgée. « Je n’ai jamais ressenti ça pendant les camps d‘été. J’étais juste heureuse de ne plus être sous les yeux de mes parents. C’était tout le temps tellement hypocrite… il y avait ces cours de bonnes manières, quelle merde. »
« Quoi ? »
« Comment marcher, comment parler et accueillir les gens sans trébucher et leur renverser du mauvais vin blanc dessus. » Traduisit Kerry. « Ça et les bracelets en macramé. Dieu, est-ce que tu sais combien de bracelets j’ai faits ? Chaque fichue couleur de l’arc-en-ciel et je ne te parle même pas des cache-pots. »
Dar ricana. « Toi et moi venons vraiment de planètes différentes. » Dit-elle. « La seule chose que j’ai fabriqué dans ce camp c’était une ceinture de vieilles cartouches de munitions que j’avais ramassé sur la base et une sangle de carabine que quelqu’un avait jetée. » Elle jeta un coup d’œil à Kerry et vit les coins de sa bouche se courber dans un sourire. « Si j’avais eu un cache-pot, je m’en serais servie pour m’essuyer les… »
« Dar ! »
« Hey, c’était ça ou les buissons, à la campagne le choix est mince » Dit Dar. « Maintenant tu comprend pourquoi je n’aime pas le camping. »
Kerry éclata de rire. « Oh mon dieu… tu n’as pas idée à quel point c’est drôle. Un été, dans le camp, ils ne nous ont pas livré le bon papier toilette. C’était un papier marron style carton, dans le genre de celui que tu trouves dans les aires d’autoroute vraiment minables. »
« Oh. »
« Ouais. » Kerry acquiesça en gloussant. « Et bien moi, petite rebelle que j’étais, j’en ai volé tout un carton, et j‘ai réussi à convaincre tout mon chalet d‘en entourer la maison de la conseillère, à un tel point qu‘on ne pouvait même plus voir la porte. » Elle gigota un peu sur son siège. « Ooh..ooh.. Cette petite garce est devenue aussi rouge qu’une tomate et elle ne nous a pas adressé la parole pendant toute une semaine ! »
« Fauteuse de troubles. »
« Angie était vraiment en colère contre moi. » Ricana Kerry. « Mais de toute façon cette femme ne pouvait déjà pas me supporter alors… »
« Pourquoi ? » Demanda Dar, curieuse.
« J’en ai aucune idée. Elle voulait toujours me faire faire plein de trucs, et je… elle me rendait juste mal à l’aise. Je pensais qu’elle essayait simplement d’avoir quelque chose de mes parents. » Dit Kerry. « Ça me mettait les nerfs en pelote. »
Dar regarda les phares puissants de la Lexus partager la route devant elles pendant un long moment, puis elle tourna a tête vers Kerry. « Tu avais quel âge ? »
« J’étais au lycée. » Répondit Kerry. « Pourquoi ? »
« Hmm. » La femme aux cheveux sombres tapota son pouce contre le volant. «E t tu ne crois pas qu’elle était peut-être intéressée par toi ? »
Kerry plissa la front. « Et bien ouais - je veux dire, je t’ai dit qu’elle l’était, Dar. » Répondit-elle avant de marquer une pause quand elle vit le sourcil de Dar monter sous sa frange de manière expressive. Elle réalisa soudain et elle inspira brusquement de surprise. « Oh. Tu veux dire… cette sorte d’intérêt ? Du genre… romantique ? »
« Hmm hmh. » Dar reporta son attention sur la route, vers le panneau de circulation dont elle nota l‘indication. « Ça ne me surprendrait pas. Tu étais mignonne au lycée. » Lui fit-elle remarquer avec un léger sourire. « J’ai vu des photos. »
Kerry resta silencieuse pendant quelques minutes en suçant d’un air absent le goulot de la bouteille de Yoohoo, regardant défiler l’ombre des arbres. Finalement elle grogna un peu, moitié surprise moitié écoeurée. « Ça ne me serait jamais venu à l’esprit. » Admit-elle. « Je crois que je… Brian et moi commencions juste à sortir ensemble… je ne peux même pas appeler ça flirter, ce n’était pas sérieux. J’aurais probablement piqué une crise si elle avait… »
« Essayé de te séduire ? » Dar étendit le bras et le posa sur les épaules de Kerry. « Ça aurait été idiot étant donné qui étaient tes parents, mais… » Elle gratta le cou de Kerry du bout des doigts. « Tu étais vraiment une gamine adorable. »
Kerry rougit, juste un peu. « Tu sais, je n’aurais même jamais pensé à ça comme ça. A ce moment là, je venais juste de comprendre que les gens venaient simplement vers moi pour arriver jusqu’à mon père, et j’ai juste… » Elle soupira. « Pensé qu’elle voulait la même chose. »
« Et bien peut-être que c’était le cas. » Dar pouvait sentir le malaise de sa compagne. « Je te présentais juste les choses d’un autre point de vue. » Elle tira sur le lobe de l’oreille de Kerry. « Tu veux t’arrêter un peu ? » Elle montra un panneau indiquant une aire d’autoroute a venir. « C’est touristique maintenant mais je peux te montrer où on vendait autrefois les souvenirs de Floride les plus minables de ce côté-ci de Key Largo. »
Kerry se relaxa et finit la bouteille de soda chocolaté. « Sûr. » Dit-elle. « On a largement le temps. »
Dar mit son clignotant et se mit sur la droite, se préparant à quitter l’autoroute. Après une seconde elle jeta un coup d’œil a Kerry, pas surprise de trouver les yeux vert océan qui l’observaient. Elle fit un clin d’œil à sa compagne et fut récompensée par un sourire, qu’elle lui rendit.
Le trajet se révélait être bien plus intéressant que dans ses souvenirs.
**********
Les gens pouvaient être si drôles. Kerry était appuyée contre le mur et regardait passer les autres voyageurs. Ils étaient inconscients de tout ce qui ne concernait pas leur recherche de nourriture, de boissons, ou d’un lieu pour se soulager, mais quasiment tous faisaient une pause pour regarder celle qui étudiait la carte routière accrochée sur le mur.
Évidemment Kerry faisait la même chose, mais elle avait le sentiment d’en avoir tout à fait le droit vu que le corps lisse et musclé enveloppé dans les jeans fanés et le débardeur en coton appartenait à sa compagne. Dar portait les vieux jeans déchirés que Kerry avait sortis du fond d’un placard pour leur réunion des anciens de l’école de Dar où elles s’étaient habillées en motardes, et avec son débardeur rentré dedans, elle avait vraiment belle allure.
Elle venait juste de se faire recouper les cheveux et sa coupe d’été laissait une grande partie de ses épaules nues. Les derniers mois de leur vie avaient été pas mal pris par le boulot c’est vrai, mais elles avaient passé presque chaque weekend au chalet, et leur nouveau cours de gym avait donné à Dar un bronzage plus profond et avait ajouté encore un peu plus de muscles à sa grande silhouette.
Mmh.
L’aire de repos était une combinaison intéressante de magasins et d’un office de tourisme imposant. Kerry fit le tour des galeries dans le hall, examinant les étagères de prospectus en mangeant son cornet de yaourt à la fraise glacé. La Floride était un endroit touristique très éclectique, et on proposait des publicités pour des choses aussi variées qu’une maison mystère au sommet d’une colline, le Monkey Jungle, le Weeki Watchee. « Paladar ? »
« Oui ? » La voix de Dar fit irruption juste derrière elle, et même après tout ce temps Kerry sursauta. « Tu m’as sonnée ? »
« Que diable montrent-ils dans ce Weeki Watchee ? » Kerry choisit la brochure criarde sur le présentoir et la lui montra. « Ça ressemble à une ferme de sirènes. »
« En quelque sorte. » Accorda Dar. « C’est un endroit où les sirènes donnent des spectacles et vendent des babioles. »
Kerry fixa le prospectus. « Et les gens vont voir ça ? Vraiment ? »
« Et bien. » Sa compagne examina l’annonce. « Ils ont aussi de jolis jardins et, un snack-bar, il me semble. »
Kerry rit et s’éloigna en secouant la tête. L’aire de repos était relativement petite, avec un hall central avec des restaurants de chaque côté et des toilettes étonnement propres. Il y avait aussi un magasin de cadeaux où vous pouviez, si vous aviez oublier d’acheter des bonbons à l’orange ou des guirlandes de Noël lumineuses en forme de flamands roses ou n’importe quoi d’autre, trouver ce genre de cadeau à la dernière minute pour les rapporter à la maison.
Hmm. « Des boules de neige. » Kerry en choisit une et la secoua, amusée par les flocons de plastique blanc tombant doucement sur une plage et des petits palmiers. Un mouvement capta son regard et elle jeta un coup d’œil sur le côté, apercevant son propre reflet dans le miroir au fond de la vitrine.
Son attitude soignée et sa tenue cintrée et repassée avaient définitivement disparu. Kerry vit ses sourcils disparaître sous sa frange tandis qu’elle considérait son allure, ses shorts chiffonnés, et son tee-shirt trop long et passé.
Correction, le long tee-shirt délavé n’était même pas à elle. Elle avait laissé ses cheveux pousser plus longs que d’habitude, ce n’était pas si mal, mais ça lui donnait un petit air ébouriffé qu’elle n’avait pas eu depuis qu’elle était petite. L’effet général, étant donné son bronzage et ses cheveux pâles décolorés par le soleil, la faisait ressembler à un rat de plage surpris en train de faire ses courses.
« Okay, petit rat… va faire tes courses. » Kerry s’avança joyeusement, saluant son reflet avec son cornet.
Elle aperçut un alligator en peluche et l’attrapa, et se mit à sourire à un visage en coton plein de dents. Elle glissa le jouet sous son bras et continua son petit tour. A son butin elle rajouta un paquet de quartiers d’orange recouverts de chocolat et un tee-shirt avant de tout laisser tomber sur le comptoir et d’attraper son portefeuille dans la poche arrière de ses jeans. « Salut. »
« Salut. » Répondit la caissière. « V’voulez l’loto ? »
Kerry cligna des yeux. « Excusez-moi? »
« V’voulez l’loto ? L’est gros s’te s’maine. »
Totalement perdue, Kerry se retourna instinctivement vers son guide touristique, qui posa un billet de vingt dollars sur le comptoir. « Elle en prend trois. » Dit Dar. « Et elle prend aussi le reste de ces Floridiana. »
« Trois quoi ? » Chuchota la femme blonde.
« Sûr. » La caissière pris l’argent et emballa les achats de Kerry. Elle rendit la monnaie à Dar, puis elle tapa quelques chiffres sur une machine noire à côté et lui donna les tickets roses et blancs qui en sortaient. « Et v’là. Passez une bonne et belle journée. »
« Merci. » Dar prit les tickets, la monnaie, le sac et la fille du Midwest complètement paumée et amena le tout hors de la boutique de cadeaux jusqu’à l’air libre. « Okay. Range soigneusement tes tickets de loto. Si tu gagnes, je veux dix pour cent. »
« Mes quoi ? » Kerry attrapa les tickets et les examina. « Oh ! » Elle grignota son cornet. « Seigneur, tu sais que je n’ai jamais acheté ce genre de trucs ? » Elle suivit Dar dehors, échangeant la fraîcheur mordante de l’air conditionné pour l’air poisseux et lourd de la nuit. « Merci d’avoir payé mon bazar, chérie. Tu n’avais pas à faire ça, j’avais mon portefeuille. »
A côté d’elles, un mini-van avec des plaques de Miami venait de se garer, et la porte latérale glissa, permettant à un troupeau d’enfants d’en sortir. Ils se précipitèrent vers les portes du bâtiment, poursuivis par une femme au regard harassé. A l’arrière du van, des peluches de Mickey Mouse occupaient chaque cm carré.
Un homme sortit du côté conducteur et ferma la portière avec un air de martyr épuisé. Il jeta un coup d’œil à Dar et Kerry et leur fit un petit signe de tête poli avant de suivre péniblement sa famille.
Dar le regarda partir. « Tu crois que ça serait cruel de lui dire qu’ils vont dans la mauvaise direction ? »
Kerry l’observa attentivement, puis jeta un coup d’œil à l’énorme panneau « Vers le nord » par-dessus la portière. « Qui te dit que ce n’est pas juste des souvenirs de la dernière fois ? » Elle montra le van. « Et tu n’as pas répondu à propos de mes courses. »
« Hmm hmh. » Dar ouvrit la Lexus et lança son butin sur le siège arrière. « Tu as payé le dîner. » Elle jeta encore un regard au mini-van. « Maman marque un point. »
« Pour ? »
« Un seul enfant. » Dar pointa sa poitrine et se glissa à la place conducteur.
« Ah. Hm. Ouais. » Kerry s’assit côté passager et s’installa confortablement dans le grand siège en cuir. « Ce nouveau restau était assez bon tu ne trouve pas ? J’ai vraiment aimé les épices qu’ils ont utilisées. »
Dar prit une gorgée de son milk-shake et posa sa tasse dans le porte-tasse avant de démarrer la voiture. « C’était assez bon… mais le tien est mieux. » Dit-elle. « J’aime ces trucs croquants que tu mets dedans. »
« Les cacahuètes ? » Kerry gloussa. « Ou tu veux parler des châtaignes d’eau ? »
« Quoi que ce soit. » Dar sortit doucement de sa place de parking et navigua entre les autres voitures jusqu’au parking pour poids lourds. « J’aime ça. » Elle laissa passer une Volvo qui les dépassa en trombe à côté d’elles puis elle prit la voie d’insertion pour revenir sur l’autoroute.
Une fois sur la route elle s’adossa à son siège et se relaxa, appréciant la présence proche de Kerry et la perspective de passer le long voyage à ses côtés. C’était calme, les routes étaient presque vides maintenant qu’elles avaient quitté la partie la plus touristique de la Floride, et la fin du trajet lui promettait un peu de bon temps.
La vie était belle. Dar tapota son pouce contre le volant, bougeant un peu la tête en rythme avec la musique qui sortait des haut-parleurs. « Alors, qu’est-ce que tu penses de cette théorie de l’oiseau ? »
Kerry avait enlevé ses sandales et ses pieds nus reposaient de nouveau sur le tableau de bord. « Dar, tu sais que j’aurais probablement été attachée à un arbre et battue à mort par mes professeurs de collège si j’avais pensé une seconde à cette théorie de l’oiseau? »
Dar la regarda. Ses sourcils bougèrent. « Ils avaient quelque chose contre les oiseaux ? »
« Rien du tout. » Kerry grignota avec soin tout le tour de son cône. « Mais ils avaient un problème avec Darwin. »
« Ah. »
« Hmm. » La femme blonde acquiesça. « Tu sais quoi, c’est bizarre, mais je crois que c’est la première fois que je me suis interrogée sur la nature absolue de ma foi et de la religion. » Songea-t-elle. « Je me souviens avoir vu un truc … sur PBS je crois… à propos de l’évolution des espèces, et à la façon dont tout était expliqué, ça paraissait tellement sensé, Dar ! »
« Uh huh. Ça m’a toujours foutu en rogne qu’ils appellent ça la théorie de l’évolution plutôt que la science de l’évolution. » Accorda Dar. « J’ai eu une discussion à propos de ça avec une femme à la base… elle a voulu me faire emprisonner pour hérésie. »
« Mmh. » Kerry hocha la tête. « C’est ce qui m’est arrivé quand je suis arrivée à l’école le lendemain et que j’ai posé la question à mes profs. Bon sang! » Elle finit son cornet et se lécha le bout des doigts. « Mais tu sais… pour moi ça n’a jamais été un problème de croire à cette idée, sans renoncer à Dieu, à Jésus ou à la Bible. » Continua-t-elle. « Quand on voit l’absolue merveille de la vie, comment ne pas croire à un pouvoir supérieur ? »
Dar tendit le bras à travers l’habitacle le posa tranquillement sur les épaules de Kerry. « Il est facile pour les gens d’avoir une vue étroite, Ker. Tu le sais. Tous ces gens, les scientifiques - ils sont persuadés par l’idée que les dinosaures ont évolués jusqu’aux oiseaux… Et ça parait tellement évident d’un point de vue structurel. » La voix de Dar se fit plus animée. « Il suffit de regarder ces dinosaures carnivores et une autruche et c’est là, devant nos yeux. »
« Les dinosaures devenus des oiseaux, les lézards des serpents, les homo sapiens des humains… » Songea Kerry. « Oops.. Je crois que je vais griller en Enfer pour celle-là. Encore une fois. » Gloussa-t-elle. « Hey, qu’est-ce que tu as pensé de celle qu’on a vue l’autre nuit… à propos des humains qui ont été des mammifères marins pendant leur évolution ? »
La théorie était intéressante, concéda Dar. « Une rejeton de Marin’s n’est pas la bonne personne à interroger. » Elle plaisanta. « J’ai toujours pensé que j’était une sorte de loutre un peu bizarre. » Son visage se fit doucement introspectif. « L’eau a toujours été mon élément naturel. »
« Ouais. » Kerry acquiesça avec un sourire. « Tu es tellement naturelle sous l’eau. Je pensais à toi en regardant ce spectacle. J’aimerais pouvoir être aussi à l’aise. »
« Laisse toi un peu de temps. » Lui conseilla Dar. « Je plonge depuis l’âge de deux ans. »
Kerry se pencha en arrière et inclina la tête sur le côté, contemplant le ciel nocturne, épais et noir. C’était amusant d’être assise là et de simplement discuter. Dar avait un esprit vif et intelligent, et elle était curieuse de plein de choses comme elle l’était. En gardant l’esprit ouvert à toute forme d’apprentissage, réalisa-t-elle, on progresse constamment. On est toujours ouvert à de nouvelles idées et de nouvelles manières de voir les choses. « Hey Dar ? »
« Ouuuuuui ? »
« Tu veux jouer à ‘’qui suis-je ?’’ ? »
« Okay. » Dar sourit. « Tu commences. » Elle donna à Kerry quelques microsecondes. « Animal, végétal ou minéral ? »
« Est-ce que je choisirais un légume à te faire deviner ? Donne moi une minute. »
Dar tambourina ses doigts contre le volant et attendit en sifflotant, anticipant le jeu. Est-ce que ça serait un animal ? Kerry aimait les animaux. Elle en choisissait toujours des bizarres.
Un ornithorynque peut être ?
*****
A suivre.
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