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traduction: Fryda
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Troisième partie
traduction : Fryda
Pour les démentis, voir la première partie.
" Oh. " Gabrielle s'interrompit et parcourut le texte. " Pas celui-là. " Elle commença à se lever mais une main agrippa son bras. " Xena… c'est celui de la tablette. "
La guerrière hocha légèrement la tête. " Oui… et alors ? "
Le barde fixa le parchemin puis leva les yeux vers sa compagne. " C'est triste… la plus grande partie l'est. " Elle s'interrompit. " Je veux dire que… nous connaissons la fin, et ça… bon ça finit bien, mais… "
" Mais quoi ? " demanda Xena doucement, en fermant brièvement les yeux à une montée de douleur. Le martèlement dû à sa blessure à la tête empirait, et elle jura doucement entre ses dents, puis elle rouvrit les yeux lorsqu'elle sentit un léger contact sur son visage. " Ça me changera les idées. "
" Ça fait mal ? " demanda Gabrielle avec une calme sympathie, tressaillant elle-même à la vue du petit signe de tête. " Est-ce que… je peux faire quelque chose ? Je peux t'apporter quelque chose ? " Elle se mordit la lèvre, elle détestait ce sentiment d'impuissance que ça lui donnait toujours. " Je peux t'apporter de l'eau au moins. " Le barde roula sur elle-même et attrapa une outre d'eau pleine qu'elle avait pendue à la tête du lit, puis revint à sa position d'origine pour enlever le bouchon.
Xena laissa passer un léger soupir et mit ses mains de chaque côté du lit pour se relever, et elle le regretta immédiatement. Une vague de nausée et de vertige la submergea et elle se laissa retomber avec un grognement vite réprimé.
" Hé… hé… " Gabrielle la prit par les épaules et la remit à sa place. " Reste là, dure à cuire. "
Cela lui valut un léger rire de la part de Xena. " Pas vraiment. " Elle soupira, s'appuya au dossier et tenta d'attraper l'outre. " Par les dieux… ce que j'aimerais savoir ce qui s'est passé là-bas. " Elle prit une gorgée avec précaution, sentit le liquide frais voyager le long de sa gorge jusqu'à son estomac nauséeux et rebelle. Elle crut pendant une minute que tout allait remonter, mais après une hésitation, rien n'arriva, et elle prit une autre gorgée. " Gabrielle ? "
" Mm ? " répondit le barde, en la regardant avec un froncement inquiet.
" Lis. S'il te plaît. " La demande était lasse. " Ce que je vais dire est plutôt méchant… mais fais-moi croire qu'il y avait des gens pour qui c'était pire que moi en ce moment. "
Gabrielle tressaillit. " Tu as raison. C'est méchant. " Elle soupira. " Ok. " Elle se réinstalla contre la tête de lit et étudia le parchemin pendant un moment, avant de lancer un coup d'œil vers le visage tendu de Xena et de commencer à lire.
Une autre petite victoire sur le long chemin des défaites. Nous avons de nouveau de la nourriture ce soir, mais à quel prix… Elevown a dû combattre des loups pour garder sa proie, et son sang tache ses vêtements ; ses yeux montrent sa souffrance, bien qu'aucune plainte ne passe ses lèvres. Elle se blottit dans son coin et je prends la viande si durement gagnée et fais de mon mieux pour la préparer.
Mon cœur se serre, j'apporte son bol à Elevown et avec un regard de regret tranquille, elle repousse ses fourrures et je vois le trou fait par le loup. Elle fait une grimace alors qu'elle essaie de me sourire, et repousse le bol vers mes mains. Son propos est clair. Elle n'a plus besoin de nourriture.
Je souffre. Cette personne étrange et froide a fait son chemin vers mon cœur d'une certaine façon, et je ne souhaite pas la voir finir son existence ici dans cet horrible endroit. Je vais chercher des bandages, des tissus, de l'eau chaude et je lui demande, par signes, de me laisser faire ce que je peux pour ces terribles blessures.
Elle commence par me repousser, mais sa prise est faible, et j'insiste, je vois la tache sombre et grandissante sur son ventre, et la pâleur de sa peau déjà si claire. Elle finit par accepter, et arrête de lutter ; elle s'allonge et ferme de nouveau les yeux face à une douleur sûrement terrible.
Lentement, je repousse ses mains, et j'écarte les fourrures usées qui recouvrent son corps, et je ferme les yeux à mon tour à la vue de la longue coupure irrégulière qui lui ouvre le ventre, éclaboussant mes mains de sang ; mes mains qui tremblent alors que je déchire un morceau de ce qui me reste de chemise et que je le presse contre la blessure pour arrêter le dommage affreux.
Je soigne ses blessures et, à la fin, lorsque j'ai fait le peu que je pouvais pour l'apaiser, ses yeux s'ouvrent, et trouvent les miens, et elle me fait un petit sourire. Je lui souris à mon tour du mieux que je peux, et elle lève la main et caresse ma joue.
Oh… mère… j'ai entendu des histoires sur ceux qui ont donné leur cœur… oui, je n'imaginais pas pouvoir moi-même ressentir cela. Mais ce jour arrive, et sans même crier gare, et c'est si facilement à cette étrangère rustre et brutale que je le fais, et avec si peu de mise en garde.
Je touche sa joue et ses yeux montrent le début de sa reddition aux ténèbres. " Niess. " Sa bouche articule lentement le mot, le premier qu'elle prononce depuis ces longs jours. " Framganga. " Ah. Elle parle de l'attaque de mon village. " Liedr. "
Oh, oui, Elevown, ce fut horrible. Mais ce n'est pas ce que je veux que tu te rappelles de notre voyage, car bien qu'il ait commencé sombrement, j'ai laissé passer ma colère, j'ai oublié ma haine, et j'en suis arrivée à te regarder presque comme une amie.
Alors, " Blid. " Je l'appelle et je vois les yeux glacés s'adoucir avec ce que je pense être du regret.
Elle dort d'un sommeil agité cette nuit-là, et ses blessures la font beaucoup souffrir, parce que je peux voir la blancheur de ses phalanges quand elle serre les mains. Je fais ce que je peux, mais les humeurs malades la ravagent avec leur fièvre, et elle ne sait plus qui elle est, ni qui je suis, mais elle parle doucement, avec difficulté dans sa langue aride, des mots qui ne signifient rien pour moi. Je la laisse attraper ma main, et j'essaie d'humecter ses lèvres lorsque la raison la reprend, mais je sais que c'est peu.
Nous atteignons l'aube ensemble, et elle se repose calmement pendant un moment, alors que je baisse la tête pour voir ces yeux gris me fixer avec une expression de… je ne saurais dire.
De tristesse, peut-être. De regret, je connais ça aussi. Elle serre ma main dans les siennes, bien que je ne sache pas d'où vient cette force, et si doucement, elle touche mes doigts de ses lèvres avant de refermer les yeux.
Je suis perdue. Je n'ai jamais ressenti une telle force, un besoin aussi intense que ce jour-là, ce jour clair et froid, alors qu'elle s'éloigne petit à petit de moi, la peau si pâle que je peux presque voir la lumière au travers.
Je prie la Dame de nous laisser. Je la prie de ne pas me prendre ce cadeau étrange, mais je sais, par la pâleur de son visage, et la légèreté de son souffle, que mes prières ne seront pas exaucées. Aujourd'hui, elle va partir dans son étrange Valhalla, et ira s'asseoir avec ses frères, pour rompre le pain et boire la bière dans leurs longues cornes courbées. Je ne la verrai plus.
Je me sens ébranlée, et je sais, oh à quel point, que cet hiver froid sera notre fin à toutes les deux, mais je frissonne à l'idée que je connaîtrai la mienne en dernier, et seule, privée même de sa présence silencieuse. Son ombre immense va me manquer, mêlée à la mienne dans la lumière du feu, ainsi que sa force.
Mon cœur hurle d'agonie et c'est comme si c'était moi, et pas elle qui avait reçu la blessure mortelle tant la douleur est forte. Qelle est cette chose terrible ? Je souffre de simplement la regarder. Je prie pour qu'elle ouvre les yeux une fois encore, parce que je ne veux pas encore lui dire adieu.
Mais la fin est proche, alors que je sens les mains froides de l'Ankou planer au-dessus d'elle, et je fais de mon mieux, c'est-à-dire que je la prends dans mes bras et je la réchauffe de mon corps et du peu de forces en moi, pour compenser celles qui se meurent en elle. Je prie, une dernière supplique à la mère pour qu'elle me prenne vite, parce que je ne veux pas connaître la solitude et le vide de cet endroit oublié.
Alors je ferme les yeux et je laisse les ténèbres se refermer sur moi, jusqu'à ce que la lumière du matin ne s'insinue comme un voleur dans ma conscience et que, haïssant cette pensée, je laisse ma vision revenir.
Je pense la voir calme et immobile, et c'est ainsi que je la vois, mais sous mon bras, sa respiration est toujours présente, et la rougeur pourpre de la fièvre l'a quittée.
Mon cœur fait un bond et je fais de mon mieux pour ne pas chanter mon bonheur, mais je reste immobile, parce qu'elle se réveille et me fixe ; nos visages sont si proches que nous sentons nos souffles mêlés.
Ma Dame, on raconte des histoires autour du feu, d'une relation qui défie le sang, qui rapproche deux étrangers en une famille aussi resserrée que celle dans laquelle nous sommes nés.
Et me voilà avec une ennemie, dont le peuple a persécuté le mien, dont la langue et la mienne sont si différentes. Nous ne devrions pas être proches. Et pourtant…
Et pourtant. Cette Elevown fait partie de ma famille d'une façon que je ne peux comprendre.
" Ardwyn. " Sa voix, si faible.
" Ja. " Je réponds simplement.
" Blid ? " J'entends un faible espoir dans ce mot.
" Ja, blid. " Je me presse de la rassurer. Oui, amie…
" Auk. " Et ses yeux se referment mais cette fois en un sommeil apaisant.
Gabrielle resta très tranquille quelques instants après avoir fini de lire, ses yeux repassant sur les mots plusieurs fois avant qu'elle ne soupire et ne lève la tête vers sa compagne tout aussi calme. " C'est une version légèrement différente. "
" Mm. " Xena approuva doucement et prit une légère gorgée de son outre d'eau. " Plus détaillée… elle a probablement eu l'occasion de réfléchir avant d'écrire cette fois-ci. " Une autre gorgée. " La langue est un peu différente. "
Le barde hocha légèrement la tête. " Je suis… contente qu'elles aient eu une seconde chance. " Elle leva les yeux lorsque Xena l'entoura de son bras et posa le parchemin, se tournant à demi pour se blottir un peu plus contre sa compagne.
Xena l'étudia sérieusement. " Je suis contente aussi pour nous. " Puis ses lèvres se tordirent. " Je parie qu'il leur faudra moins de temps qu'à nous pour se rendre compte. "
Cela lui valut un léger grognement de la part de Gabrielle. " Hé… parle pour toi, ô Princesse Guerrière de l'Aveuglement. " Elle roula les yeux. " Ça ne m'a pas pris tant de temps, à moi. " Elle joua nonchalamment avec un coin du tissu soyeux de la chemise de nuit de Xena. " Tu étais tellement mignonne. "
" Oh, s'il te plaît. " Xena se mit à rire. " Allons, Gabrielle… aïe. Ne me fais pas rire. " Elle tressaillit et toucha le bandage. " Je suis une maniaque à l'humeur changeante, instable et homicide avec une tendance à l'auto-destruction. Ce n'est pas mignon… aïe ! "
" Arrête de dire des âneries ", dit Gabrielle d'un ton fâché. " Tu n'es rien de tout ça. "
Un sourcil levé brusquement. " Gabrielle de Potadeia, tu ne vas pas rester là à me dire que je ne suis pas d'humeur changeante. "
Un regard courroucé du barde. " Tu n'es pas d'humeur changeante, Xena… tu as juste un nombre limité d'humeurs. Il y a la mauvaise, et la pire. " Elle s'interrompit pour marquer l'effet. " Et à l'occasion, la stupide. "
" Mmm… " La guerrière réfléchit à ces mots. " Et que dis-tu du côté auto-destructeur ? Je viens de sauter d'une falaise. "
" Oh… alors… tu te souviens de ce qui s'est passé ? " Le barde la piègea bel et bien avec une nuance de colère dans la voix.
" Hum… non… je présumais simplement que c'était ça. " Xena fit marche arrière. " Je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé… je présume juste que j'ai été distraite et que j'ai glissé, quelque chose comme ça. "
Gabrielle mit la main sur sa tête. " Tu dois avoir de la fièvre. Toi, glisser ? ? ? Xena, je t'ai vue traverser un pont sur une simple corde raide dans une tempête, tout en combattant trois monstres à deux têtes à l'épée. Je n'ai jamais vu, ni entendu parler de quelqu'un qui a un tel contrôle de son corps de toute ma vie. L'idée que toi, tu aies pu glisser comme ça, est tellement incroyable, que je prendrais plutôt les paris qu'Hercule donne naissance à un cochon à trois têtes avant de parier sur ça. " Bon sang, je déteste quand elle fait ça et elle le sait bien.
Xena pencha légèrement la tête et sourit. Oups… je suis allée trop loin. Il est temps de lisser quelques plumes. " Il serait sacrément ennuyé. "
Le barde lui lança un regard noir. " Qui… Hercule ou le cochon ? " Elle soupira. " Tu as fini de te diminuer ? "
Les yeux bleus allèrent vers les couvertures, où les mains de la guerrière froissaient le tissu. " Tu as fini de me crier dessus ? " rétorqua-t-elle calmement, toute trace d'humour partie.
Un long silence. Gabrielle finit par soupirer et elle leva les mains, puis les laissa retomber sur ses cuisses. " Désolée. Cette histoire me fait particulièrement… elle me remue. " Elle déglutit. " Et toi… qui… ça… avant… je… ça ramène des souvenirs vraiment très durs. " Elle posa la tête sur l'épaule de Xena. " Je me souviens de ce que ça m'a fait de te perdre… et… ça fait encore mal. "
" Hé… " Xena enfouit son visage dans les cheveux dorés et soyeux. " Désolée… voir le pire en moi est une vieille habitude dont j'ai du mal à me débarrasser. " Elle passa un bras autour du barde et soupira. " Un cochon à trois têtes, hein ? "
Gabrielle sourit à contrecœur. " C'est la première chose qui m'est venue à l'esprit. "
" Mmhmm. " Xena réfléchit à ces mots. " Il pourrait appeler le cochon Porkule ", répliqua-t-elle d'un ton sérieux. " Tu sais… l'habiller comme lui avec ce joli pantalon en cuir… lui apprendre à faire des commentaires acides à Iolaus. " Elle sentit Gabrielle se mettre à glousser comme une folle contre sa poitrine et elle sourit doucement. " Ce serait plutôt mignon… je parie qu'il suivrait Hecule à la trace… " Elle tapota la couverture de son autre main. " Trotte… trotte… trotte… groink… "
" Xena.. " Le barde hoqueta, en riant de manière incontrôlable. " Je vais te tuer pour m'avoir mis cette image dans la tête… je vais en rêver maintenant. " Elle laissa les rires s'amenuiser puis elle s'interrompit. " Hé… si nous étions des animaux… qu'est-ce que tu serais ? " Un coup d'œil en l'air. " Je t'ai toujours imaginée en panthère, tu sais. "
Xena haussa un sourcil. " Ah ouais ? " Elle y réfléchit pendant une minute. " Hmmm. " Une panthère. Et bien, ça aurait pu être pire. Un âne, par exemple.
" Et moi ? " Le barde la défia, attendant pleine d'espoir.
Oh bon sang. " Euh.. " Le front de la guerrière s'agrandit. " Je vais avoir des ennuis quoi que je dise, n'est-ce pas ? " Voyons… un chien ? Non. Un cheval ? Non, non. Un oiseau ? Euh… non. Un chat ? Elle regarda la silhouette enroulée de Gabrielle, blottie près de la sienne. Eeeet bien… non. Ah… ça y est… mais elle ne va pas aimer ça.
Gabrielle sourit. " Je promets de ne pas frapper trop fort. "
" Oui, oui. " Xena n'avait pas l'air convaincue. " Très bien… un blaireau. " Pan ! " Hé ! "
" Un blaireau ! ! ! " Le barde avait l'air piquée à vif. " Xena ! ! ! " Oh non… ils sont horribles… avec leurs petits nez aplatis et ces espèces de jambes arquées… Ses pensées s'arrêtèrent brutalement. Oh pas ça. Je ne marche pas comme ça. " Je ne ressemble PAS à un sale vieux blaireau. "
Sa compagne leva une main pour se défendre. " Attends… attends… donne-moi une chance de m'expliquer… " protesta-t-elle. " Ce n'est pas si mal… les blaireaux sont les animaux les plus courageux que je connaisse, Gabrielle.. ils se défendent eux et leurs familles, et aucun autre animal n'ose les approcher… ils sont durs et bien plus forts que certains animaux deux fois plus gros qu'eux. "
Les yeux verts l'étudièrent avec soupçon. " Ah ouais ? "
Xena sourit. " Oui. " Ses yeux brillèrent doucement. " Et une fois qu'ils ont décidé quelque chose, ils ne changent plus d'avis. " Et ils ont la façon de marcher la plus mignonne qui soit… nan… il vaut mieux éviter cette partie… ça va définitivement la mettre mal à l'aise. Méchante guerrière.
Leurs regards se croisèrent. " Jamais, hein ? " Le barde essaya de réprimer un sourire mais échoua. " Est-ce que les panthères en ont peur ? "
" Oh oui ", confirma Xena doucement. " Elles sont terrifiées. " Elle fit un sourire rapide au barde, qui se transforma en grimace lorsqu'un éclair de douleur la traversa. " Bon sang. " Elle essaya de lever la tête puis la laissa retomber avec un soupir. " Par les dieux. "
La pièce tournoya et elle ferma les yeux. " Je suis étourdie. " Elle entendit un léger bourdonnement dans ses oreilles et elle se rendit compte qu'elle était sur le point de s'évanouir ; elle se concentra pour inspirer profondément, sentant la soudaine pression des mains de Gabrielle sur son visage. Lentement, le bourdonnement diminua et elle devint consciente de la voix pressée du barde. " Ok… ok… "
" Xena, tu es blanche comme un linge ", disait le barde, avec de l'anxiété dans le regard. " Je vais chercher Renas… tu tiens bon, d'accord ? "
Et le barde partit ; elle lutta contre un frisson nauséeux, qui coura le long de son dos et finit en une explosion de douleur brûlante au-dessus de son œil droit. Elle serra la mâchoire en grimaçant, et essaya de penser à autre chose, bizarrement consciente du piaulement anxieux d'Arès près d'elle.
Calme-toi… allons, pense à quelque chose de relaxant… respire… OK. Lentement, avec difficulté, la douleur diminua, la laissant épuisée et trempée d'une soudaine suée froide. Par les dieux… ça… n'était pas très bon, ça. Elle leva une main tremblante vers le bandage sur sa tête et le tâta avec précaution, ressentant une douleur poignante qui envoya une autre explosion de douleur en elle. Bon sang. Les frissons prenaient un sens. Elle s'obligea à ouvrir les yeux lorsque la porte s'ouvrit et que Gabrielle traversa la pièce à grands pas pour venir près d'elle.
" Ecoute… on a envoyé quelqu'un chercher Renas, mon amour. " Elle mit une main sur l'épaule de la guerrière. " Il est allé à l'une des chaumières à l'extérieur du village. " Ses doigts glissèrent et elle toucha le bandage, puis effleura la peau de sa compagne. " Tu as vraiment chaud. "
Xena se força à accommoder sa vision et hocha la tête. " Oui.. écoute… nous n'avons pas… " Ne l'effraie pas. " Hum… tu vois, le problème, c'est qu'il a trop serré les points de suture… il faut juste les relâcher un peu. "
Le barde se détendit. " Oh… OK… ça ne devrait pas lui prendre trop de temps. "
La pression augmenta, envoyant une autre vague de douleur dans sa tête. " Gabrielle… va me chercher ma dague. " Elle se força à garder une voix calme. " Nous n'avons pas le temps de l'attendre. " Elle entendit la brusque inspiration et sentit l'étreinte du barde se resserrer sur son poignet. " Ne panique pas… va simplement chercher la dague. "
Un moment qui sembla durer une éternité, puis le barde revint, ses doigts la touchant légèrement. " OK… je l'ai. " Une pause. " Je l'ai passée sur la flamme… c'était bien ? "
Extérieurement, Gabrielle semblait calme, mais Xena pouvait entendre le tremblement dans sa voix, et elle fit un effort pour croiser les yeux du barde. " Parfait. " Elle prit une profonde inspiration et couvrit la main de Gabrielle de la sienne. " Ça va aller... OK ? Tu peux le faire. " Un hochement de tête nerveux lui répondit. " OK… enlève le bandage. " Le bourdonnement augmenta alors que les doigts du barde travaillaient le tissu avec précaution, et elle le leva clairement, inspirant brusquement, alarmée. " C'est mauvais, hein ? OK… n'y pense pas. "
Gabrielle ferma les yeux et prit une profonde inspiration, puis elle les rouvrit, et essaya de ne pas se rappeler que cette blessure méchamment rouge et pourpre appartenait à sa compagne. Ça ne marcha pas. " Qu'est-ce que je fais maintenant ? " demanda-t-elle pratiquement dans un murmure.
" P.. prends le coin, et… " Une longue pause. " c… coupe les points de suture. " La poitrine de Xena se soulevait fortement. " Ça va… saigner… c'est… normal. " La pression commençait à la dépasser, et elle ferma les yeux, agrippant le bord du lit d'une main, sentant le doux contact de Gabrielle sur sa mâchoire alors que le barde tournait la tête pour avoir une meilleure vue de ce qu'elle faisait. " Continue. "
La lame d'acier était froide sur sa peau, et elle retint sa respiration, sentant, et entendant presque les légers claquements alors que le couteau acéré coupait les boyaux qui retenaient la blessure. Et enfin, la pression fut relâchée et elle sentit un flux chaud couler le long de son visage et la douleur aigüe s'atténua. " Bon travail ", dit-elle, en ouvrant difficilement un œil pour étudier sa compagne trop tranquille, qui passait un morceau de tissu sur son visage pour y nettoyer le sang.
Le visage de Gabrielle était un masque fermé, les muscles de la mâchoire tendus et apparents sur la peau de sa joue alors qu'elle finissait sa tâche, et pressait un morceau de tissu frais sur la blessure qui coulait toujours. " Est-ce… tout va bien maintenant ? " demanda-t-elle enfin d'une voix enrouée. Je ne vais pas paniquer. Je ne vais pas m'évanouir. Ce n'est pas la première fois que je fais ça… bon sang, Gabrielle, oublie que c'est elle, OK ?
Xena leva une main et la posa sur son ventre, la massant doucement. " C'est bien mieux. " Elle sentit une vague d'épuisement la parcourir et elle la repoussa. " Il y a… hum… dans mon kit, il y a un paquet enroulé… il est bleuâtre. " Elle regarda le barde y aller tranquillement et revenir avec l'objet demandé. " Ouais… saupoudre la blessure avec ça. " Elle tressaillit lorsque les herbes lui donnèrent l'impression de piquer à la tête. " Bien… "
Elles levèrent les yeux ensemble lorsque Cyrène et Renas se précipitèrent à l'intérieur. " Du calme ", dit Xena d'une voix traînante. " Gabrielle s'est occupée de tout. " Le barde se retira du chemin alors que le guérisseur s'approchait et inspectait la blessure. " Il fallait juste l'ouvrir un peu. "
Renas prit le paquet que Gabrielle avait laissé sur la table et le renifla, en levant les sourcils. " Intéressant. " Il examina les points de suture ouverts et pinça les lèvres. " Je voulais que ce soit fait proprement, Xena. " Son regard prit une expression d'excuse. " J'aurais dû vérifier ça. " Il se tourna vers Gabrielle avec une expression de respect. " Bon travail. "
Le barde rougit légèrement. " Ne me dis pas ça à moi… " Elle tendit le menton vers la guerrière blessée. " J'étais dirigée par une experte. " Elle bougea et se lava les mains, puis commença à jouer avec la soupe, le dos tourné vers la pièce.
Cyrène lança un regard à Renas et attendit qu'il attire l'attention de Xena, puis elle alla vers le barde et mit les mains sur les épaules minces. " Ma chérie ? "
Gabrielle se retourna. " Oui ? "
" Tu vas bien ? " Cyrène sentit le tremblement passer en elle et soupira. " Pourquoi ne viens-tu pas avec moi à l'auberge quelques minutes, hmmm ? J'ai préparé le dîner pour toi. " Elle prit la soupe des mains nerveuses du barde et la posa. " Viens. "
Gabrielle fixa ses mains pendant une minute, puis relâcha une profonde inspiration. " Oui… OK… " Elle lança un coup d'œil par-dessus son épaule vers les yeux bleus qui la regardaient. " Je reviens tout de suite. "
Xena laissa son regard suivre sa mère et le barde, puis elle tourna les yeux vers Renas. " C'est pas bon, hein ? " Elle regarda ses yeux étudier sa tête et une ride apparut sur son front jusque là lisse.
Le guérisseur la regarda sérieusement. " Non. " Il leva le paquet. " Qu'est-ce que c'est ? "
Un léger haussement d'épaules. " Un truc que j'ai rapporté de Chine. " Une pause. " Il y a bien longtemps. "
Le guérisseur soupira doucement. " Très bien. " Il testa doucement sa tête et réinstalla le bandage. " Tu es forte comme un bœuf, Xena. Ne laisse pas ce truc t'avoir. "
Cela lui valut un soupçon de sourire. " Pas si j'ai mon mot à dire. " L'écoulement avait fait du bien, et elle se sentait bien mieux, ce qui était un bon signe. Mais ça avait été stupide de sa part de ne pas y penser plus tôt. Bon sang, Xena… tu te laisses vraiment aller. Elle se réprimanda. Comme si tu ne le savais pas.
Elle se recoucha avec précaution sur l'oreiller et soupira, espérant de façon un peu puérile que Gabrielle reviendrait vite, pour qu'elle puisse voir à quel point sa compagne était remuée. Des bruits de bottes se rapprochèrent alors qu'elle pensait à cela et elle sourit doucement en se représentant le pas puissant et chaloupé du barde. Comme un blaireau… elle rit doucement. Ça doit être tous ces muscles, et toute cette détermination. Elle aimait observer, d'un point de vue esthétique, bien sûr, la façon dont le mouvement du barde avait changé au cours des années… alors qu'elle venait à maturité, et qu'elle devenait plus forte, et mieux proportionnée. Parfois, la perspective depuis Argo avait définitivement… ses avantages.
La porte s'ouvrit et Gabrielle entra, en portant un lourd plateau de nourriture, et Xena se dit que les odeurs séduisantes qui en émanaient l'intéressaient en quelque sorte. C'est bon signe, approuva-t-elle silencieusement. On dirait l'un de mes plats préférés.
C'est drôle comme elle faisait attention à ça maintenant… Gabrielle l'avait finalement amenée à apprécier ce qu'elle mangeait et depuis… elle soupira d'un air désabusé. Encore une attaque insidieuse sur sa volonté à laquelle elle avait été incapable de résister. Mais il lui avait fallu une éternité pour l'admettre.
" Xena. " Gabrielle avait soupiré et lancé un regard par-dessus son épaule vers l'endroit où la guerrière tannait une nouvelle peau pour leurs couchages. Ou pour être plus précise, pour le couchage de Gabrielle, parce que le barde avait réussi à perdre le sien dans un accident qui avait impliqué un ravin, un ours et un pot de confiture qu'elle cuisinait.
" Oui ? " La guerrière avait levé la tête de son travail, pour voir sa compagne la regarder d'un œil noir. " Oh… désolée. Le dîner est prêt ? " Un brise lui avait apporté l'odeur de ce qu'il y avait devant elle, et ça l'ennuyait de l'admettre, mais elle avait eu l'eau à la bouche même si ça ne faisait pas si longtemps qu'elles s'étaient arrêtées pour le déjeuner. S'obligeant à la patience, elle avait mis ses outils et la peau de côté avant de se diriger à grandes enjambées vers la rivière pour se laver les mains à fond.
Elle était de bonne humeur, pour changer… peut-être était-ce le temps, frais sans être froid, ou peut-être la bonne affaire qu'elle avait conclue pour faire ferrer Argo dans ce village… ou peut-être… d'être descendue du maudit bateau de Cecrops…
Ou peut-être était-ce ce petit sentiment étrange et allègre qu'elle avait de façon inattendue… qui semblait être, pour une raison inconnue, centré sur une certaine amie aux tendances bardiques.
Nan. C'était juste son imagination.
" Il faut que je fasse un couchage de la bonne taille ", avait-elle commenté en rejoignant le barde près du feu, avant d'accepter l'assiette que Gabrielle lui tendait avec un demi-sourire.
" Oui ", avait dit Gabrielle tranquillement, alors qu'elle se laissait tomber sur une souche toute proche, et se concentrait sur son plat. " Ecoute… je suis… humm… je suis désolée que tu aies dû passer par tous ces ennuis. "
Xena avait saisi le ton de sa voix, et elle s'était arrêtée où elle était, sur le point de s'asseoir sur une souche de l'autre côté du feu, en face du barde. Elle avait penché la tête puis changé de direction, allant vers l'endroit où se trouvait Gabrielle, pour s'asseoir plutôt près d'elle. " Ça ne m'a pas ennuyée. " Elle avait piqué un morceau de lapin du ragoût et y mordit, mâchant et avalant avec un soupir de plaisir. " C'est vraiment bon. "
Gabrielle s'était arrêtée de manger pour la regarder. " Quoi ? "
Xena l'avait fixée. " Ce ragoût… il est vraiment bon. Merci. "
Le barde l'avait regardée pendant un moment puis avait piqué dans son assiette. " Oui… merci. " Elle lui avait lancé un regard bizarre.
Xena s'était rendu compte à ce moment, que quelque chose ennuyait sa compagne. " Hum. " Réfléchissant furieusement à la journée, se demandant ce que diable… oh. " Tu penses toujours à cet abruti ? "
Pas de réponse du barde, juste un coup sauvage sur une carotte. En plein dans le mille.
Un gardien de troupeau à moitié saoul, qui s'était moqué de ses histoires, et avait fait des remarques grossières sur son corps, qui lui avaient valu quelques rires de la part de ses copains.
Et une mâchoire brisée de la part de Xena. " C'était un abruti, Gabrielle. Oublie ça. Je te garantis qu'il ne va pas recommencer de sitôt. "
" Il avait peut-être raison ", marmonna le barde doucement. " Peut-être que je suis nulle comme conteuse. "
Oh bon sang. Xena se creusa les méninges pour trouver les instructions pour traiter les bardes déprimés, et elle les trouva plutôt vides, alors elle posa son bol sur un genou et entoura les épaules de Gabrielle de son bras libre. " C'est ridicule, Gabrielle. Tu es une conteuse merveilleuse, et tu le sais bien. "
Cela lui avait valu un minuscule sourire de la part de sa jeune compagne qui l'avait regardée à travers ses cils blonds roux. " Merci d'essayer de me remonter le moral. " Puis sa bonne humeur était retombée et elle avait haussé les épaules. " Mais tu n'as pas besoin de faire ça. "
Xena avait soupiré intérieurement. " Ecoute… je ne suis pas très douée pour la flatterie, Gabrielle. Je te l'ai dit parce que c'est vrai, pas parce que je veux te remonter le moral. Tu es une très bonne conteuse… j'aime… t'écouter. Et… c'est vraiment très bon. Tu es une merveilleuse cuisinière. "
Gabrielle avait continué à regarder le sol. " Et comment tu peux le savoir, Xena ? Tu ne fais jamais attention à ce que tu manges. "
Oh… oh… un autre point sensible. Xena avait laissé passer un soupir et lui avait récité leurs repas en commun de cette dernière lune. A mi-chemin, elle avait été consciente de la brève expression d'étonnement du barde et avait souri intérieurement. " Alors, tu vois ", avait-elle fini par dire. " Si, j'y fais attention. " Un haussement d'épaules désabusé. " Je présume que tu m'as rendue accro à ce truc. "
Une faible étincelle avait fini par apparaître au fond des yeux verts. " C'est vrai ? "
" C'est vrai. " La réponse contenait un léger ton de dépit. " Je présume que je peux cesser de feindre cette indifférence seigneuriale maintenant, hein "
Le barde s'était mise à rire doucement. " Pourquoi tu n'as rien dit avant ? " Elle s'était un peu appuyée contre Xena. " Ça aurait été sympa de savoir… je… je l'espérais… "
Pourquoi ? Xena avait soupiré pour elle-même. Parce que c'est si difficile pour moi d'admettre combien tu deviens importante ? " Les vieilles habitudes, sans doute", avait-elle admis. " Mais tu as raison… j'aurais dû te le dire plus tôt. "
Cela lui avait valu un sourire éclatant de la part du barde. " Ouah… merci. " Elle s'était interrompue. " Alors… hum… il y a… quelque chose que tu préfères ? "
Xena s'était mordu la lèvre et avait hoché la tête vers sa compagne d'un air ironiquement coupable. " Et bien… oui. Maintenant que tu le dis. " Elle l'avait marmonné, et Gabrielle avait dû s'approcher pour l'entendre. Elle avait su qu'elle glissait sur un chemin qu'elle n'était pas sûre de pouvoir remonter, mais à ce moment-là, ça n'avait pas d'importance.
Gabrielle avait ri doucement, toujours entourée de son bras. " Il va falloir que tu partages cette information avec moi. " Elle avait un sourire chaud et ravi sur le visage et elle semblait avoir complètement oublié l'abruti.
Bien. " Mmm… je pense que je pourrais faire ça ", avait répondu Xena avec un minuscule sourire.
Elles avaient mangé en silence pendant quelques minutes. " Xena ? " avait finalement dit Gabrielle alors qu'elle se resservait du ragoût, et avec un sourire, avait fait de même pour sa compagne.
" Oui ? " avait marmonné la guerrière la bouche pleine, et elle avait regardé vers elle.
" Tu… euh… as poursuivi ce gars, n'est-ce pas ? " avait demandé le barde, curieuse.
Xena avait fini d'avaler et avait soupiré joyeusement. " Par les dieux… ce que c'est bon. Ouais… je l'ai poursuivi. " Elle prit une gorgée d'eau froide. " Pourquoi ? "
Gabrielle avait mâché pendant une minute. " Et bien… c'est ce que je voudrais savoir. Pourquoi ? " Elle avait trempé un morceau de pain dans le ragoût et l'avait mis dans sa bouche. " Je veux dire… il a bien le droit d'avoir une opinion, n'est-ce pas ? "
Xena y avait réfléchi pendant une minute. " Non. " Elle avait levé les yeux et souri. " Pas si elle est mauvaise, concerne ma meilleure amie, et qu'il la donne en face de moi. " Elle avait fait un clin d'oeil au barde. " Désolée… je ne peux pas faillir à ma réputation. "
Le barde avait tourné la tête et l'avait regardée directement, sans chercher aucunement à masquer l'amour dans ses yeux. " Merci ", avait-elle dit doucement.
La guerrière avait pris un moment pour absorber la douceur de ce sourire puis avait souri à son tour. " C'est à ça que servent les amis, Gabrielle. Ils se défendent les uns les autres. " Elle avait baissé la tête de Gabrielle et y avait déposé un baiser. " Tu es une conteuse merveilleuse, et tous ceux à qui ça pose un problème auront affaire moi. "
Les yeux de Xena caressaient maintenant le corps de sa compagne, alors qu'elle posait son fardeau et regardait vers le lit. " Ça sent drôlement bon ", dit la guerrière tranquillement.
Les yeux de Gabrielle s'éclairèrent. " Tu en veux ? "
La guerrière hocha la tête avec précaution. " Un peu. " Le battement diminua encore un peu et elle réussit à sourire alors que le barde s'installait avec précaution près d'elle, et posait ses phalanges sur le côté du visage de la guerrière.
" Tu as encore des frissons ? " La voix de Gabrielle baissa un peu. " Tu as l'air d'avoir chaud. "
Xena secoua la tête. " Nan… je vais bien " Elle captura la main du barde. " Toi, d'un autre côté, tu es gelée. " Elle bougea avec beaucoup de précautions et releva le bord de la couverture. " Viens ici. "
Le barde hésita un moment, puis posa le bol, et rampa sous les couvertures, se glissant avec précaution contre Xena, en laissant passer un petit soupir lorsqu'elle sentit la chaleur du corps de sa compagne l'envelopper. Merci. " Elle sourit alors que le bras de Xena s'enroulait autour de sa taille. " Mm. "
" Maman t'a fait son petit discours d'encouragement ? " murmura Xena dans son oreille, une note taquine dans la voix.
Les yeux vert brume se levèrent et l'étudièrent. " Ouais. " Gabrielle pinça les lèvres dans un sourire désabusé. " Elle est plutôt douée pour ça. " Elle renifla à cette pensée. " Elle m'a dit de ne pas m'inquiéter… que tu étais… hum… trop… " Elle s'interrompit en mâchouillant sa lèvre.
" Une tête de cochon ? " proposa Xena pour l'aider, avec un sourire ironique de connaisseur.
" Euh… oui ", admit le barde. " Plus ou moins. "
" Mmph. " Un haussement d'épaules de la guerrière. " Et bien… c'est vrai. " Elle leva une main et repoussa doucement une mèche de cheveux roux sur le visage de Gabrielle. " Mais ce n'est pas pour ça que tu ne dois pas t'inquiéter. " Elle suivit nonchalamment la mâchoire du barde du bout des doigts. " J'ai bien trop de raisons de m'accrocher. "
Gabrielle se noya dans la proximité de sa compagne, absorbant la chaleur et la douce pression de ses doigts et la lueur hypnotique de ses yeux bleus avec une sensation de plaisir et de contentement. " Ah oui ? " murmura-t-elle en fermant les yeux, appréciant l'instant.
La main de Xena releva son visage et elle sentit les lèvres de la guerrière commencer lentement sous son oreille et se frayer un chemin, finissant par capturer les siennes, envoyant des spirales de chaleur en elle et faisant balader ses mains sur le corps musclé près du sien. " Mph… " Elle glissa les doigts sous le doux tissu de la chemise de nuit de Xena, et traça sa taille fine, sentant les muscles se tendre et glisser sous son toucher. Elle immobilisa ses mains à contrecœur et se pencha en arrière, essayant de reprendre le contrôle de son souffle. " Hé… tu es blessée. "
Un rire bas et profond lui répondit. " Oui… et ceci me fait beaucoup de bien. " La guerrière défit adroitement la boucle de sa ceinture d'une seule main et passa les doigts sous sa tunique libérée, en souriant lorsque le barde se pencha vers le toucher avec un hoquet. " Bien que… " Et elle dit cela avec un soupir de regret. " Je ne pourrai probablement pas en faire plus. " L'étourdissement avait empiré, en même temps que le battement de son cœur. " Peut-être que… " Elle adoucit son toucher, caressant la peau douce du barde en un léger dessin. " nous pourrions simplement… " Gabrielle se blottit un peu plus, mêlant son corps à celui de sa compagne, et transformant ses propres mouvements en un usage délicat et doux de ses lèvres. " Oui. "
" Comme ça ? " marmonna le barde, mordillant une oreille avec aise.
" Mmmm… oui. " Xena soupira, sentant son cœur ralentir, et le moment de vertige reculer. " C'est parfait. "
Gabrielle se permit un moment de nostalgie tranquille en se rappelant la première fois où son corps avait réagi à celui de sa compagne. Ce n'était pas un moment idéal, non… mais…
" Où est-elle ? " avait-elle pressé Autolycus, qui avait sauté à bas d'Argo et avait traversé la moitié de la clairière à grands pas, visiblement mal à l'aise. " Autolycus… "
Il avait semblé discuter avec lui-même, elle s'était arrêtée et l'avait observé, intriguée.
" Pas question… ", avait-il dit à un arbre. " Je te l'ai dit… "
Il s'était ensuite retourné, avec des mouvements tendus et saccadés, pour lui faire face, une expression étrange et intense sur le visage. Même sa voix était changée…
" Gabrielle… " Et bien que le timbre masculin ne résonnait pas comme elle, les oreilles de Gabrielle entendirent la voix de Xena, ce qui envoya des frissons le long de son épine dorsale, pleins d'un espoir craintif et sans souffle. Oh dieux… faites que cela soit vrai, s'il vous plaît. Son cœur battait si fort que c'en était un miracle qu'il ne puisse l'entendre. S'il vous plaît.
" Ferme les yeux et pense à moi. " Et elle avait fermé les yeux et s'était représenté son amie… puis elle avait senti le monde glisser autour d'elle, et une brise légère bouger ses cheveux.
" Gabrielle. " Le timbre était juste maintenant, et c'était bien sa voix… mais elle avait peur d'ouvrir les yeux. " Gabrielle… " De nouveau… et là il le fallait. Elle ouvrit les yeux et sa vue se concentra, vaguement consciente des brumes grises mouvantes qui l'entouraient.
Elle ne vit que la haute silhouette vêtue de cuir qui sortait du brouillard, et dont les yeux brillaient et remplissaient son univers tout entier.
Ce qui sortit de sa bouche fut à mi-chemin entre un hoquet et un sanglot… alors que son corps luttait pour accepter la soudaine détente après toute cette souffrance tendue. C'était elle. Sans réfléchir, elle se précipita en avant, puis s'arrêta quand Xena leva les deux mains.
" Je ne suis pas morte… pas complètement ", avait expliqué la guerrière, mais l'expression dans ses yeux… Gabrielle avait bu cette expression, l'avait absorbée… la laissant remplir son âme avec une complétude si inattendue que cela la stupéfia.
Mais… " Pourquoi m'as-tu quittée ? " Une question lâchée par un cœur qui souffrait. " J'avais tant de choses à te dire. "
Et l'expression s'adoucit, et prit une douce tristesse qui priait pour qu'elle pardonne, qu'elle comprenne. " Tu n'as pas besoin de parler ", avait répondu Xena doucement. " Nous n'avons pas beaucoup de temps… il me faut de l'ambroisie ou… je mourrai pour de bon. "
L'espoir commença à ramper et à s'éloigner, et elle s'y retint avec une poigne frénétique. " Je ne peux pas te perdre encore, Xena. " Et Xena s'était rapprochée, ses traits formant un sourire qui était devenu l'univers de Gabrielle.
Encore plus près. " Gabrielle… " Ces yeux fixés sur les siens. " Je serai toujours près de toi. "
Des bras autour d'elle, qui l'attiraient et avant qu'elle ne réalise ce qui se passait, l'essence de Xena l'entourait, et elle avait senti des lèvres fantomatiques sur les siennes, alors qu'une vague chaude chatouillait son corps.
C'était… si merveilleux… même lorsque l'air froid la frappa de nouveau, et qu'elle se recula, en réalisant que c'était Autolycus qui l'étreignait, et en voyant l'expression fortement étonnée dans ses yeux et qui passa du choc à la contemplation. " Je… j'espère… que vous avez tout mis au point. "
Gabrielle était restée là avec ce qui devait être le sourire le plus idiot sur le visage, s'était-elle dit plus tard, tiraillée entre le soulagement et l'étonnement. " Oui… " Elle avait senti un léger rire monter, si étrange après si longtemps. " Nous l'avons fait. "
Un soulagement qui s'était transformé en désespoir tendu lorsqu'elle avait regardé, plus tard, Velasca qui grimpait triomphalement en direction de la clairière, sachant qu'elle n'avait aucun moyen de l'arrêter.
" Non. " Un murmure fantomatique l'avait chatouillée. " Mais moi je peux… est-ce que tu me laisses faire ? "
Pas de temps pour réfléchir à ce que ça signifiait. " Oui. " Et elle avait fermé les yeux, et ressenti… oh dieux. C'était comme d'être emplie de feu. Un chatouillis féroce qui la remplit de la tête aux pieds, et une douce chaleur qui l'enveloppa comme un manteau, à la fois amicale et familière… et si aimante que cela lui fit monter les larmes aux yeux, en même temps qu'elle se sentait bouger, attraper le chakram et sauter avec le sentiment d'une facilité irréelle.
C'était…presque comme voler… son corps bougeait avec une puissance féroce, et précision, sautant de liane en liane sans hésitation. Les attaques de Velasca étaient parées et détournées, et elle vit les yeux fous et un peu exorbités de l'Amazone s'écarquiller lorsqu'elle avait essayé de frapper ce qui aurait dû être une cible facile, mais qu'elle n'y parvenait pas.
Elle n'avait aucune pensée… aucune peur… juste le sentiment ferme du but et de l'intensité qui ne renonçait jamais. Ne s'arrêtait jamais… n'abandonnait… jamais. Même lorsque l'ambroisie tomba, son corps bougea au dernier moment pour l'intercepter, et Gabrielle entendit presque un rire léger lorsqu'elle en sentit un peu glisser le long de son haut d'Amazone serré .
Puis Velasca, perdant le contrôle, se balança vers elle et elle sentit le mouvement puissant et soudain des instincts bien entraînés de guerrière diriger son corps, alors qu'elle l'évitait, attrapant le couteau pour couper avec précision la liane à laquelle Velasca se retenait, et l'envoyer plonger sur les pieux plus bas.
Puis tout fut fini. Et elle s'était de nouveau retrouvée seule, redescendant les lianes à l'aide de ses bras douloureux qui supportaient à peine son poids, avant d'entrer dans le couloir pour voir le visage en sueur d'Ephiny et le cercueil.
Un petit morceau d'ambroisie. Est-ce que ce serait suffisant ? Elle regarda les Amazones lever le couvercle, jeter un coup d'œil hésitant à l'intérieur et se reculer pour la laisser passer.
A cet instant, le monde tout entier se réduisit à une boîte en bois, et au corps immobile et silencieux qu'elle contenait. Elle retint son souffle en s'agenouillant, et alors… alors elle ouvrit doucement les lèvres froides, et mit le minuscule morceau dans la bouche, et le sentit se dissoudre.
Pas de changement, son cœur tomba dans son estomac alors qu'elle sentait le mouvement des Amazones qui se regardaient. " Et maintenant ? " La voix d'Ephiny avait rompu le silence.
" Je… je ne sais pas ", avait répondu Gabrielle, d'une petite voix, et elle avait doucement pris la main de Xena, serrant la chair froide dans la sienne. " Reviens, Xena. " Cela avait semblé… si fou… si… désespéré. " Si tu m'entends… s'il te plaît… reviens. " Elle pouvait presque sentir la pitié de la part des Amazones, et elle fixa le visage pâle de la guerrière avec un sentiment grandissant de désespoir.
Et puis… ses yeux avaient cligné, puis de nouveau, alors qu'elle voyait le rouge affluer sur le visage de Xena, et sentait bouger la poitrine sous leurs mains jointes.
Les yeux bleus, alertes et emplis d'intelligence avait fixé les siens, et elles auraient aussi bien pu être seules, pour ce que ça lui importait, et pas au milieu d'un cercle d'Amazones, dans l'espace confiné et humide d'une vieille tombe. Il n'y avait plus qu'elles deux, et elle avait pris le visage de nouveau chaud de Xena entre ses mains, et elle s'était contentée de la regarder et de la regarder encore.
Et elle n'avait jamais plus regardé en arrière.
" A quoi tu penses ? " La voix de Xena s'enroulait autour de son oreille, le souffle chatouillant les cheveux légers d'un air taquin.
" A toi. " Le barde l'embrassa. " A combien je t'aime. " Un autre baiser. " A tout ce que tu signifies pour moi. " Elle mit le nez sur le côté du cou de Xena en soupirant joyeusement. " Comment te sens-tu ? "
" Hein ? " Xena s'obligea à ouvrir les yeux, en s'extirpant de la chaude brume dans laquelle elle se trouvait. " Oh… hum… " Cela demandait réflexion. " J'ai mal… et je suis un peu… " Un léger haussement d'épaules. " Décalée. "
Gabrielle l'étudia. " Mm. " Elle bougea légèrement. " Pourquoi ne dors-tu pas un peu ? " Elle commença à tracer un dessin familier sur le ventre de la guerrière. " Vas-y… je te surveillerai. "
Les yeux bleu clair clignèrent d'un air ensommeillé. " Si… je commence à transpirer… ou si tu penses que j'ai de la fièvre… réveille-moi, OK ? " Pas un mot de protestation.
" Je te le promets ", la rassura Gabrielle, en regardant le corps de sa compagne se détendre. Elle continua à la caresser pendant un moment, alors que la respiration de Xena devenait régulière et plus profonde, puis elle sourit et prit le parchemin qu'elle avait posé sur la table, le mit sur son genou levé et commença à lire.
Ma Dame, j'ai fini par penser que tu me l'as envoyée pour tester ma patience, et me prouver si je mérite d'être assise auprès de toi dans l'autre monde. Entêtée, elle l'est, tout comme le jour est long, et heureusement, il rallonge encore.
Des jours il lui a fallu pour lutter contre les humeurs malades de la blessure causée par les loups, des jours à rester allongée, et à ne pas me gêner avec son impatience, mais au contraire à me laisser m'occuper d'elle, et à accepter docilement le peu de nourriture que mes talents pouvaient nous offrir.
Je sais qu'elle déteste cette faiblesse, plus que tout, elle qui trouve sa fierté dans sa force, et sa maîtrise d'elle-même et des choses qui la concernent. Lorsque je ne pensais pas qu'elle puisse même s'asseoir, voilà qu'elle tentait de se lever, et elle nous fit presque tomber sur le sol, lorsque ses jambes ne la soutinrent pas.
Ma Dame, je vous le demande… était-ce juste de tester ma longue patience avec cette créature sauvage ? Au moins, vous me bénissez d'une source de nourriture relativement abondante… car un groupe d'oies sauvages a élu domicile dans notre alcôve, et j'ai pris leurs œufs, et aussi les oiseaux les plus faibles, pour faire des soupes longuement mijotées qui nous ont réchauffées.
Et ce soir, je suis assise là tranquille, si fatiguée que je peux à peine tenir ma tête levée après une longue journée passée à ramasser ce que je pouvais, et je la regarde, ces yeux clairs si agités alors que les murs l'encerclent et encagent son esprit sans merci.
Elle fixe le feu avec un air sombre et menaçant, bien qu'elle a fait des progrès, et qu'aujourd'hui elle a marché dehors pour la première fois depuis sa blessure. Le soleil lui a fait du bien, et elle ne perd plus la chaleur de son corps, mais la blessure lui fait toujours mal et elle marche lentement et avec effort.
Ma Dame, je suis fatiguée. Je goûte à peine la soupe devant moi et mes mains manquent des forces nécessaires pour lever le bol, car j'ai passé la journée à combattre la rivière, me tenant dans sa furie et attrapant ce que je pouvais dans un panier tissé par les mains expertes d'Elevown.
Je fermai les yeux, juste un instant, et puis je les levai pour voir des yeux semblables au brouillard de l'océan s'approcher, et je sentis sa main toucher la mienne, sur le bol où elle reposait. Je suis si fatiguée que je ne l'ai même pas entendue passer, bien qu'elle fasse rarement plus de bruit qu'un rat des champs.
" Ardwyn. " Sa voix est bourrue et rauque.
" Ja ", réponds-je, me demandant ce qu'elle souhaite.
Elle lève le bol vers mes lèvres et me jette un regard courroucé, mais je comprends, et je fais en sorte d'avaler ma part, jusqu'au bout, et je sens sa chaleur me pénétrer.
Elle regarde, puis s'assoit près de moi, elle ne dit rien, elle regarde simplement le feu en silence, mais elle a l'air satisfait. Je me demande à quoi elle pense, derrière ces yeux qui dévoilent si peu de choses… et puis elle se tourne vers moi et c'est comme si je la voyais pour la première fois, lorsque ce regard se pose sur moi, et moi seule, tout comme son attention.
Elle prend le bol et le nomme. Elle me montre le feu et le nomme également, je fais appel à mon esprit et je sais que par sa volonté, notre silence est rompu.
Jusqu'à ce que mes yeux en louchent, nous parlons, échangeant sens après pensée, jusqu'à ce que le feu se consume et que nos esprits soient bien épuisés. A moitié endormie, je rampe sur les aiguilles de pin qui me servent de lit, et je m'installe, et je la regarde fixer encore les flammes, éveillée.
" Ardwyn. " Sa voix de nouveau, rude d'avoir parlé.
" Oui ? " Ma réponse, calme.
" Merci. " Elle pose le menton sur son épaule et tourne ses yeux vers moi.
Je réponds à ce regard, la chaleur s'enroulant en moi. " Pour quoi ? "
Un sourire léger et lumineux passe sur ses lèvres. " Avoir survécu. "
Gabrielle se pencha en arrière et lança un regard affectueux à sa compagne. " Nous au moins, nous pouvions toujours nous parler. " Elle fit une pause et sa bouche se pinça. " En quelque sorte. " Ses doigts se détendirent sur le parchemin alors qu'elle étudiait la guerrière endormie pendant un long et calme moment. " Tu sais… il y avait quand même un truc que tu faisais tout le temps et qui me rendais dingue. "
Elle tendit une main et piqua un morceau du ragoût de poulet qu'elle avait rapporté de l'auberge. " Ouais… je parlais, et je parlais… et je parlais… et tu restais là à m'ignorer… et je pensais que tu n'avais pas écouté un seul mot de ce que j'avais dit. " Elle pointa un os de poulet vers la guerrière. " Et puis, un mois plus tard, tu répétais quelque chose exactement comme je l'avais dit. " Un soupir. " Comment tu fais ça ? "
Elle mit le parchemin de côté avec un petit rire, et prit le suivant, sans voir l'œil bleu luisant qui s'était brièvement ouvert, l'avait étudiée avec une étincelle, puis s'était refermé.
" Ouais.. ", répéta doucement Gabrielle, en étudiant le parchemin suivant tout en mâchant son poulet. " Tu n'as jamais perdu la capacité de me surprendre, Xena. " Elle s'interrompit. " Et je ne pense pas que ça arrive un jour. "
" Qu'est-ce que tu fais ? " Elle était allée à grands pas vers le bord du lac, prenant un plaisir sensuel à être à pieds nus, et au contact du tissu doux de la chemise qu'elle avait passée sur son corps rafraîchi par l'eau, après leur bain. Xena s'était laissée tomber sur un rocher plat et elle fixait par-dessus le lac, en jonglant avec une poignée de pierres plates et fines.
" Je réfléchis ", avait dit l'ex-seigneur de guerre, en choisissant une pierre, et en la lançant sur l'eau d'un mouvement du poignet. La pierre rebondit sur la surface une demi-douzaine de fois avant de finir par couler.
Gabrielle s'était assise sur un rocher plus petit et avait entouré ses genoux de ses bras. " Oh. " Elle avait regardé par-dessus son épaule et vu l'expression introspective sur le visage de son amie. " A quelque chose en particulier ? " Pas de réponse, et elle avait attendu un moment avant de continuer. " A Ulysse ? "
Un léger grattement du tissu lorsque Xena bougea, et un autre rocher qui glissait sur l'eau. " Non. " Mais Gabrielle avait senti les yeux de la guerrière sur elle et elle avait délibérément amené la conversation sur le sujet, en testant les endroits douloureux en elle avec une morbidité sans répit.
" Je… je pensais ce que j'ai dit, Xena… tu le sais, n'est-ce pas ? " Elle avait carré ses épaules et regardé la guerrière droit dans les yeux. " Si tu voulais…être avec lui. Ou… quelqu'un d'autre… ce n'est pas grave… tu n'as qu'à me le dire. Je… j'ai d'autres… options… tu… n'es pas… obligée de me garder avec toi. " C'était, en une phrase, la chose la plus difficile qu'elle ait jamais faite. Mais devant ses yeux dansait une scène tranquille, sur une route poussiéreuse, et la bénédiction de Xena lorsqu'elle avait choisi un autre chemin.
Est-ce qu'elle pouvait, en toute conscience, offrir moins à Xena ? Elle se posa brièvement la question, cependant… si ça avait été aussi pénible pour Xena que pour elle.
Une expression insondable lui faisait face dans ces yeux bleus, lorsqu'elle releva les siens. " Il est… hum… c'est bon, Gabrielle. Ce n'est pas vraiment mon type. " Voilà ce qu'avait dit Xena après avoir lancé un autre caillou dans la tombe liquide. " Ce n'était pas vraiment ça. "
Un silence alors que le barde encaissait cela. " Oh. " Une petite ride apparut sur son front. " Et bien… Xena, je… je veux que… tu… je veux que tu saches que si… tu rencontres quelqu'un qui… hum… est ton type… alors… je ne veux pas. " Elle s'arrêta et déglutit, incapable de croiser les yeux de Xena. " Je ne veux pas… "
Une main sur sa tête l'arrêta de nouveau et elle leva les yeux avec un soupir dégoûté. " Je suis désolée… je suis en train de tout embrouiller. "
" Gabrielle. " la voix de Xena contenait un mélange de compassion et d'amusement. " Ça va… parce que… heu… j'ai ce problème. "
Le barde la regarda avec curiosité. " Un problème ? "
" Mmm… " Xena hocha la tête. " Ouais… tu vois… je… ce serait quelqu'un qui me… connaît. Qui connaît…mon passé… et… qui pourrait l'accepter. "
Gabrielle hocha la tête avec sérieux. " OK… oui… je peux comprendre. "
Xena tira sur sa lèvre. " Et… et bien, il faudrait aussi que ce soit quelqu'un qui comprenne qui je suis… et le fait que je ne suis pas facile à vivre. "
Un autre hochement de tête sérieux. " Oui. "
Un sourire grandit sur le visage de la guerrière. " Et… il faudrait que ce soit quelqu'un en qui je puisse avoir confiance… avec un bon cœur, qui soit courageux, et gentil… toutes les choses que je ne suis pas. "
Gabrielle soupira. " Je vois ton problème. " Elle tendit la main et entrelaça leurs doigts. " Je… j'espère que tu trouveras cette personne un jour, Xena, je l'espère vraiment. " Et cela avait été la seconde chose difficile à dire parce que ça… mettait sérieusement ses propres rêves en sourdine.
L'expression sur le visage de Xena était… indescriptible. " Gabrielle… la question n'est pas de la trouver ", avait répondu la guerrière d'une voix calme. " C'est… aurais-je ou non le courage de lui en parler. "
Le barde la regarda avec confiance. " Xena, c'est idiot. Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse. "
Xena avait baissé les yeux avec un sourire nostalgique. " Pas pour ça, mon amie. Pas pour ça. "
Le silence avait grandi entre elle pendant un moment, brisé par le doux froissement des feuilles dans la brise chaude, et les cris des canards qui passaient près d'elles. " Xena "
La guerrière avait levé les yeux de leurs mains toujours entrelacées, et avait grimacé un sourire. " Oui ? "
" Est-ce que tu as déjà été vraiment amoureuse ? " Gabrielle s'était toujours demandée, après coup, d'où était venue cette question. Pendant un long moment, elle avait pensé que Xena ne lui répondrait pas. Mais la guerrière avait fini par pincer les lèvres et inspirer.
" J'avais… tendance à penser que oui ", avait répondu Xena avec précaution. " Mais… non… je… ne pense pas l'avoir été vraiment. " Elle s'interrompit, cherchant clairement les mots justes. " Pas ce genre d'amour… où… tu ferais… n'importe quoi pour cette personne. Où tu irais n'importe où, où tu serais n'importe quoi… où tu la regardes et… et… elle devient ton univers. "
Gabrielle avait ressenti chacun des mots, comme s'ils étaient peints sur elle en couleurs chatoyantes. " Oh… ce… hum… genre. " Elle déglutit. " Tu le… trouveras… Xena… je le sais. "
Xena soupira. " Je… ne pense pas pouvoir inspirer ce genre de choses en retour, Gabrielle. "
Cela était sorti avant même qu'elle ne s'en rende compte. " Oh… tu as tort. " Elle se pétrifia, se frappant mentalement pour sa bêtise. " Je… je veux dire… je… " Elle garda le silence, en regardant vers le lac.
Mais Xena ne semblait même pas avoir remarqué. Elle lança encore quelques pierres sur le lac, en se penchant en arrière avec un sourire calme et satisfait. " Mm… tu… as des plans pour le dîner ? " avait finalement demandé la guerrière, et d'un ton léger.
Le front de Gabrielle s'était agrandi. " Oh… bien sûr… euh… Argo et moi… nous allons comparer des lots de pissenlits. " Une pause. " Tu as quelque chose en tête ? "
Un léger haussement d'épaules. " Oh… je pensais que peut-être… deux saumons par-là… un panier de ces baies. " Elle indiqua d'un mouvement paresseux. " Un feu agréable… des étoiles… " Ses yeux avaient trouvé ceux de Gabrielle. " Ça te dit ? "
Gabrielle avait laissé un sourire venir lentement sur son visage. " Oui… hum… ça a l'air très sympa. " Elle prit l'un des cailloux de Xena et le lança sans beaucoup de succès. " Alors… Ulysse n'était pas ton type, hein ? "
" Tiens. " Xena avait glissé un bras autour d'elle et avait pris sa main. " Par ici. " Elle avait bougé le bras du barde avec le sien et avait montré le bon mouvement. " Comme ça. " Une pause. " Nan… je n'ai jamais trop aimé le genre grand, beau ténébreux. "
" Vraiment ", avait murmuré Gabrielle, très consciente des bras puissants qui l'entouraient. " C'est… intéressant. "
" Oui… " Xena avait continué nonchalamment en s'écartant du barde. " Je suis… mm… plus attirée par un genre plus léger. " Elle avait lancé un autre caillou dans l'eau. " Et toi ? "
" Mmmm… je ne sais pas… je crois que j'aime bien le genre grand et ténébreux ", dit Gabrielle pensivement alors qu'elles retournaient à leur campement.
Elles se regardèrent, se sourire et continuèrent à marcher.
" Et maintenant Arès, quand je repense à tout ça, ce que je me sens stupide ", dit-elle au loup qui avait sauté sur le lit et s'était blotti sur le côté de Xena. " C'est comme qui dirait… Hello Gabrielle ? Y a quelqu'un ? "
Elle rit doucement et commença à s'occuper d'un autre morceau de poulet. " J'essaye et encore et encore qu'elle me parle, et pouf !… d'un coup, non seulement elle me parle, mais elle me dit EXACTEMENT ce qu'elle ressent. Et tu crois que je vois quelque chose ? "
" Roo ? " Le loup leva la tête et la regarda, en jetant un coup d'œil au poulet avec espoir.
" Ouais… exactement ", approuva Gabrielle en mordant un morceau avant de le tendre subrepticement à Arès. " Et ne t'avise pas de dire à ta maman que j'ai fait ça, OK ? "
" Arguhhffrrmm ", marmonna Arès tout en mâchant.
Le barde réfréna un bâillement, retourna son attention vers le parchemin, et s'installa pour lire.
Je loue la Dame en ce jour, parce que le Printemps est arrivé et que nous avons survécu à l'hiver noir, pour gambader comme des enfants dans la prairie à peine verdoyante sous notre abri rocheux. Je cours dans les richesses de la terre, contente de voir enfin la renaissance du monde, même dans ce pays oublié.
Les plantes que je trouve sont étranges, mais je m'en fais des amies, et bientôt, j'améliore nos repas grâce à la générosité de la terre, ce qui amène même un sourire sur le visage d'Elevown, alors qu'elle regarde par-dessus mon épaule pour voir ce que j'ai préparé avec le produit de sa chasse. Je constate que nos goûts sont assez semblables… bien que je sois habituée à mettre plus d'épices qu'elle dans ma nourriture, et j'ai pris plaisir à taquiner son sens du goût malgré le soupçon et la méfiance.
Aujourd'hui elle travaille sur un de ses projets, et elle ne m'en dit rien, me repoussant d'une main impérieuse et des morceaux d'écorce qu'elle me jette. A la fin, alors que la douceur de la nuit nous entoure, et qu'elle vient réclamer sa part de nourriture, elle me tend une tasse et s'enserre de ses bras, un sourire narquois sur son visage anguleux, dont les plats et les traits me sont devenus aussi familiers que les miens.
Une odeur riche de terre et d'eau, et le monde touche mes sens, et je prends une gorgée pour sentir la joyeuse brûlure de la bière qui coule en moi. Ah… ma Dame… elle a un certain talent pour ça, et je soupire de plaisir. " Ah ", dis-je, mais je souris largement, et elle me le rend avec un fin sourire serré. " C'est bon. "
Nous avons été joyeuses cette nuit-là, à boire notre bière jusqu'à ce qu'elle m'emplisse les yeux, et je suis couchée près de mon lit piteux, à la fixer alors qu'elle regarde le feu, les yeux maintenant embrumés et tristes.
" A quoi penses-tu ? " demandai-je doucement, alors que ses mains jouent avec la tasse sculptée, la tournant et la retournant.
Ses yeux croisent les miens dans les ténèbres. " Me rappelle la maison. " Puis le silence retombe. " La justice de Thor. " Ceci dit dans un ton amer et ironique qui me touche étrangement.
" La justice de Thor ? " Je pose la question, ma curiosité piquée à vif.
Ses épaules s'affaissent et elle me fait un toast de son bol vide. " Je t'ai pris ton foyer, il m'a pris le mien. " Sa voix est rauque, et pleine de colère. Contre elle ? Contre moi ? Je ne sais pas.
Tout ce que je sais, c'est qu'il me faut répondre. " Elevown. " Je dis son nom, ses contours sont étranges sur ma langue. " Même si c'est ce que tu crois, je ne te hais pas. " La bière libère ma parole comme peu de choses le feraient. " Le passé appartient au passé… nous sommes ici maintenant. "
" Jamais… je n'ai voulu le massacre ", murmure-t-elle " Nous avions accosté une demi-lune avant, et nous avons combattu à chaque minute. " Ses yeux trouvent mon visage pour me rendre hommage. " Vous, les Celtes, vous savez vous battre, ja ? "
" Oui. " Je hoche la tête, sachant combien elle a raison. " C'est vrai. "
Elle soupire. " Ils sont venus nous attaquer la nuit… notre sang était en feu. "
Mon esprit nage dans les ténèbres. Je n'avais jamais réfléchi à la raison qui avait poussé les Hommes du Nord à faire ce qu'ils avaient fait. Toujours j'avais considéré… que c'était à cause de ce qu'ils étaient. Tout comme nous, quand le feu de la bataille nous prenait. " Tu les as… envoyés pour semer la terreur ? "
Une expression vide et pâle l'envahit. " Ja ", dit-elle doucement. " Je leur ai dit de tuer tout ce qu'ils trouvaient, sauf peut-être quelques jeunes comme tribut de guerre. " Elle fixe le feu. " La jeune sœur de mon père a été capturée pendant l'attaque de notre camp… et coupée en deux pour l'amusement. " Elle s'interrompt. " C'était sa première bataille. " Ses doigts passent sur le bois inégal. " Mon cœur était en feu. "
Nous n'étions pas un peuple paisible. Alors que j'étais assise en silence, je m'avouai, que pour être honnête, il n'y avait pas beaucoup de différence entre son peuple et le mien. Nous, les Celtes, nous éprouvions de la joie dans les batailles, et nous passions beaucoup de temps à combattre, et à les raconter. Jamais je n'avais remis cela en question, et je ne le faisais pas non plus maintenant, mais je comprenais ce qui l'avait entraînée, et je ne la haïssais pas pour ça. " C'est… facile de le faire quand ton ennemi n'a pas de visage, je le sais. "
Ses yeux cherchent mon visage, et je sens le sang le colorer lorsqu'il rampe sous ma peau. Je me demande ce qu'elle pense.
" Ja ", dit-elle enfin, son regard fermement ancré sur ses mains. " Si tous mes ennemis pouvaient avoir ton visage. "
Oui, ma Dame. C'était comme si des insectes féroces se frayaient un chemin le long de mon dos, car si inattendu était ce discours à mes oreilles. C'était la bière qui parlait, me dis-je, pour son regret de ce qu'il y avait entre nous. Je n'avais rien à dire en retour… car qu'aurais-je pu dire à cela ? "
Le feu brûla doucement cette nuit-là, dans notre petite grotte, dessinant nos ombres sur les murs en reflets mornes de la réalité. Un rayon de la lune de notre Dame rampa depuis l'entrée, et se posa enfin sur les traits silencieux d'Elevown, et mes yeux, trompés par mes sens alourdis par la bière, me firent voir des larmes sous ses yeux.
Etrangement, pour moi aussi.
Gabrielle sourit doucement en laissant ses doigts tracer les lettres, les émotions contenues dans le parchemin provoquaient des souvenirs chez elle. Elle posa le parchemin sur ses jambes avec un soupir, et tourna la tête, pour étudier sa compagne endormie attentivement, à la recherche de signes de fièvre.
Elle laissa passer une courte inspiration lorsqu'elle n'en vit pas, et le toucher de ses phalanges sur le visage frais de la guerrière le confirma. Elle souleva le bandage et tressaillit à la vue de la peau dénudée, mais elle remarqua que le gonflement avait disparu, et que la blessure semblait moins rouge.
" C'est bien ", murmura-t-elle en remettant le tissu de lin à sa place et en souriant lorsque le contact fit battre les paupières de sa compagne et se lever un sourcil au-dessus des yeux bleus endormis. " Tu vas bien ? " Elle caressa légèrement la joue de Xena. " Tu as l'air bien et fraîche. " Et tu es visiblement plus attentive à ce qui se passe, ajouta ironiquement son esprit.
" Mm. " La guerrière réfléchit à l'information. La douleur avait diminué en un battement sourd, et avec elle les frissons, et elle sentait maintenant plutôt… une sorte de malaise. Son corps venait apparemment de se rendre compte qu'elle était tombée d'une falaise et décidait de protester. Mais ce n'était rien qu'elle n'avait déjà rencontré, et elle mit les douleurs ennuyeuses de côté à leur place habituelle et soupira. " Combien de temps… " Ses yeux allèrent à la fenêtre où les derniers rayons du soleil coloraient le panneau d'un violet profond contrasté par le bleu sombre de l'aube vers lequel allait le feu. " Ah. "
Gabrielle mit un peu de compote de pommes, sucrée et épaisse avec un morceau de fruit sur une épaisse tranche de pain noir que Cyrène lui avait donné, puis elle tendit le tout à Xena, regardant avec un sourire la guerrière le prendre proprement entre ses dents et le mâcher. " C'est plutôt bon, hein ? "
Xena avala avec précaution, et attendit jusqu'à ce qu'elle soit sûre que son corps n'allait pas rejeter l'offre. " Mm. " Elle hocha la tête pour approuver, appréciant le goût de la compote à la cannelle et la saveur de noisette du pain. Elle partagèrent le reste de la miche de pain, et elle se sentit mieux après ça, surtout après l'avoir fait passer avec une grande tasse de thé chaud, au goût de plantes et de miel qui envoya une vague de soleil dans ses poumons. " T'sais… retourner sur la route va plutôt être un choc après tout ce confort. " Elle pressa doucement la main du barde. " Nous nous sommes laissées aller toutes les deux. "
Gabrielle s'étira et laissa passer un soupir légèrement irrité. " Ouais… je sais ", admit-elle d'un air désabusé. " Mais on s'y fera. Comme toujours. " Elle lança un regard affectueux à Xena. " J'essaierai de t'empêcher d'être trop grognon. "
Un sourcil se leva. " Moi ? " La guerrière grogna doucement. " Je m'en souviendrai lorsque les plaintes commenceront. "
Gabrielle cligna des yeux innocemment. " Moi ? Me plaindre ? Ce coup sur la tête a dû te déranger l'esprit. " Elle tapota le bras de la guerrière. " Je ne me plains jamais. "
Xena roula les yeux et rit doucement, puis elle laissa son corps se détendre dans la douceur du lit. " OK… OK… si tu le dis, Majesté. " Elle lança un regard diabolique au barde. " Mais je m'en souviendrai. "
Le barde sourit et croisa les bras en s'appuyant sur l'épaule de sa compagne avec un soupir satisfait. " J'ai hâte de voir ça ", admit-elle.
Xena déposa un baiser léger sur son avant-bras et sourit. " Moi aussi. "
Ce serait… différent, songea Gabrielle, en repensant au parchemin. Ce qui l'irritait le plus lorsqu'elle voyageait avec Xena, c'était… l'incertitude constante. Son esprit la travaillait pour la moindre petite chose… cherchant toujours à deviner ce que signifiait l'humeur de Xena, si la guerrière était fatiguée de la traîner derrière elle… ce que serait le futur… dorénavant, il n'y aurait plus cette incertitude.
Pas qu'elle puisse jurer qu'elles ne trouveraient pas quelque chose pour s'agacer l'une l'autre, bien sûr. Elle soupira. Ça… arrivait comme ça… entre elles. Xena avait tendance à ne suivre que ses propres conseils, et à juste… faire les choses sans lui dire ce qui se passait, et ça rendait Gabrielle folle. Elle le comprenait… pendant combien de temps, Xena avait-elle dû ne dépendre que d'elle-même, et d'elle seule ? Mais ça lui restait sur le cœur, et elle… et bien, elle n'avait jamais eu peur de le dire à Xena. Sa bouche laissait passer des mots… qu'elle regrettait plus tard d'avoir prononcés.
Leurs disputes étaient acérées, et amères, et maintenant… oh dieux…elles souffraient parce qu'elles bloquaient la chaleur et la douceur qu'elles contenaient, qui ne s'y trouvaient pas avant. Ou… peut-être que si, mais elles étaient si occupées à combattre leurs sentiments qu'elles ne les avaient jamais vues.
Oui. C'était plutôt juste, se dit Gabrielle pensivement. C'est pour ça que de l'avoir laissé venir nous a surprises autant.
Un feu de camp, un parmi tant d'autres, peu de temps après qu'elles aient eu quitté Cirron. Elles avaient aidé à reconstruire un village saccagé, la plupart du temps séparées, parce que Xena aidait généralement à faire les choses les plus difficiles, et qu'elle s'occupait des tâches d'organisation… arranger les provisions, faire travailler les gens encore sous le choc, les encourager… leur raconter des histoires… les… heu… petites causeries qu'elle accusait Xena de lui laisser faire.
Ce que, bien entendu, Xena lui laissait vraiment faire, en déclarant que Gabrielle était indéniablement plus douée qu'elle pour ça. Mais cette fois c'était difficile, parce que le village avait été attaqué pendant le Festival des Moissons, alors qu'ils célébraient l'union de trois jeunes couples, dont deux avaient perdu leurs foyers pendant l'attaque.
" Mais… ", leur avait-elle dit, perdant presque patience face à leurs lamentations continues sur la destruction. " Vous êtes toujours ensemble… c'est le plus important. "
" Oui. " La vieille femme trapue qui se tenait près d'elle était intervenue dans son sens. " Ecoutez-la… regardez comme elle est heureuse… et elle n'a pas du tout de foyer. "
Ils s'étaient tous tournés vers elle, et elle les avait regardé en retour, interloquée. Heureuse ? " Hum, c'est vrai ! " avait-elle répondu avec un petit rire embarrassé. Qu'est-ce qu'ils avaient vu en elle ? Elle se rendit compte que ces derniers temps… elle avait beaucoup souri. Les choses allaient… bien avec Xena… depuis un bon moment maintenant… tout était chaleureux et… gentil, en quelque sorte.
Elle les avait convaincus de se mettre au travail et les avait regardés pendant un moment, les bras croisés, avant que la vieille villageoise aux joues rondes comme des pommes ne s'éclaircisse la voix. " Oh… désolée.. nous devions vérifier vos provisions de nourriture, c'est ça ? "
" C'est bien ça, ma jolie… et peut-être que tu peux demander à ta gentille et forte guerrière de nous aider à soulever ces étagères, hmm ? " La femme lui avait souri et avait cligné de l'œil.
Ma… gentille… oh par la cuirasse d'Héra, elle doit parler de Xena. " Hum… elle est… eh bien, je veux dire que, bien sûr, je sais qu'elle sera heureuse de vous aider, mais elle… mmm… n'est pas exactement… euh... à moi. "
Les sourcils broussailleux de la femme avaient bondi vers le haut. " Non ? " Elle avait ri. " Tu en es sûre ? "
Gabrielle avait froncé les sourcils. " Qu'est-ce qui vous fait penser que… heu… qu'elle l'est ? "
La femme gloussa et secoua la tête. " Oh, ma jolie… ça se voit sur ton visage à chaque fois que tu la regardes. "
Oh. " C'est vrai ? " Hadès.
" Mmmhmmm… " La femme avait rit aux éclats. " Et pareil pour elle. " Elle s'était penchée en avant et avait poussé le barde. " Tu peux bien le dire à la vieille Matre… hmm ? Elle est plutôt fougueuse, n'est-ce pas ? "
Et ça… l'avait mise par terre. Assommée, sans voix. Pour ce qui lui avait semblé être des heures. Elle avait bien réalisé qu'elles étaient plus proches… ça oui. Mais… elle ne pensait pas que c'était si… évident.
Pour les autres. Des gens qu'elles venaient juste de rencontrer.
Cette pensée l'avait taraudée après leur départ, et maintenant qu'elles étaient paisiblement installées dans leur campement, elle écrivant sur un parchemin, et Xena…
Xena qui se détendait simplement sur sa couche, à moitié sur le côté, regardant nonchalamment les étoiles au-dessus de sa tête, et Gabrielle s'était soudain rendue compte du nombre de fois où elle avait fait ça ces derniers temps. Pas d'exercices, pas d'agitation, elle n'aiguisait pas son épée… simplement… comme si… elle réfléchissait beaucoup.
Sauf qu'elle avait remarqué aussi quelques autres comportements étranges chez sa compagne de voyage… comme si elle perdait le fil des choses… elle oubliait des trucs… rien de bien méchant, des trous de mémoire qui ne lui ressemblaient pas. Comme d'oublier qu'elle avait déjà ramassé du bois. Deux fois.
Gabrielle avait baissé les yeux et essayé de retrouver le fil de ses pensées qui semblait s'être perdu quelque part. Elle avait étudié le parchemin qu'elle tenait et son front s'était agrandi. C'était juste… oh bon. Elle avait haussé les épaules, et posé le parchemin, puis elle avait levé les yeux vers Xena de l'autre côté du feu. " Hé… tu as fait du bon travail aujourd'hui. " La guerrière avait passé son temps à enseigner aux villageois quelques trucs de construction, et les avait aidé à monter des abris pour les animaux.
Les yeux de Xena se levèrent brusquement et croisèrent les siens. " Hum. " Les pensées de la femme brune étaient visiblement lointaines. " Oh… oui. Merci. "
Le barde s'était levée et était allée vers leurs couchages, se laissant tomber à genoux en regardant son amie. " Hé… tu vas bien ? "
Les yeux bleus étaient revenus se poser sur les siens, et elle avait senti une douce chaleur l'envelopper. " Euh… " Xena s'était éclairci la voix et frotté les yeux d'une main. " Oui… oui… je… je réfléchissais. " Elle avait relevé les yeux d'un air penaud. " Où… en est… hum…cette histoire ? "
Gabrielle avait soupiré et s'était laissée tomber sur le côté, les épaules effleurant les genoux de la guerrière. " Je… je n'ai plus d'inspiration ", avait-elle admis, en secouant légèrement la tête. " Je ne sais pas ce qui cloche chez moi ces temps-ci… c'est… je… " Elle avait regardé la main de Xena tracer des dessins sur la couche avec une fascination presque hypnotique. " Je perds la main. "
Elle avait levé les yeux et avait vu que Xena la regardait avec un demi-sourire. " Oui… moi aussi ", avait confessé la guerrière. " Tu crois que c'est le temps ou quoi ? "
Gabrielle s'était penchée en arrière, appréciant la chaleur des cuisses musclées de Xena contre ses épaules et elle avait haussé les épaules. " Je ne sais pas. " Le barde avait senti qu'on la tirait doucement alors que les doigts de sa compagne se mêlaient nonchalamment dans ses cheveux, et elle étira un bras le long de la courbe de la hanche de la guerrière, traçant du doigt la ligne du biceps de Xena. Ces temps-ci elle s'était trouvée totalement incapable de résister au besoin de toucher sa compagne… mais ça allait, parce que ces derniers temps, Xena avait développé une tendance déconcertante à retourner les gestes d'un air presque absent.
Pas de protestation de la part de la guerrière en fait… Gabrielle dut regarder à deux fois. Elle fixait de nouveau le feu, un minuscule sourire au bord des lèvres. " Xena ? "
" Hmmm ? " La guerrière avait levé un regard flou. " Oh… désolée… tu as dit quelque chose ? "
Le front s'agrandit d'inquiétude. " Hé… je m'inquiète pour toi. " Elle s'était appuyée sur le corps de Xena et l'avait regardée de plus près. " Tu n'arrêtes pas de partir je ne sais pas où… tu es malade ? "
La guerrière avait pris une inspiration très, très profonde et avait ri doucement. " Oui… je… je crois que je couve quelque chose. " Elle s'était étirée et avait enroulé son corps autour de celui du barde, pinçant doucement la jupe Amazone de couleur sable pour la mettre en place nonchalamment.
" Mmm… c'est sérieux ? " avait demandé Gabrielle, avec le soupçon soudain de ce qui taraudait son amie, et cette possibilité avait envoyé une vague d'excitation en elle.
Les yeux bleus profonds avaient capturé les siens. " Ça… se… pourrait ", avait admis Xena doucement.
" Mm. " Le barde avait senti un sourire étourdi sur ses lèvres. " Xena ? "
" Oui ? " La réponse parvint si bas que c'en était presque un ronronnement.
" Je pense que… c'est contagieux ", avait-elle solennellement annoncé à la guerrière. " Je… je veux dire que, je fais quelque chose et puis, tout d'un coup, je suis distraite. " Elle se laissa plonger dans le regard bleu pendant un moment. " Euh… et je… " Le bleu de nouveau. " je dérive. " Elle avait fini par soupirer en se frottant les yeux. " C'est… un peu déconcertant ", avait-elle fini par dire, tranquillement.
Xena avait gardé le silence pendant un moment, puis elle s'était assise et avait glissé les bras autour du barde, pour l'attirer dans une étreinte. " Viens ici. "
Gabrielle s'y était laissée absorber totalement, s'abandonnant au besoin insistant de son corps avec un soupir de bonheur. Les étreintes de Xena étaient toujours agréables, mais là… maintenant qu'elle se laissait glisser sur un chemin sur lequel elle était restée en équilibre si longtemps, et qu'elle soupçonnait Xena d'être sur le même chemin… elles la remplissaient d'un bonheur bouillonnant.
Je… suis… amoureuse.
C'était si bon de le dire, même en pensées, alors qu'elle sentait la main de Xena bouger lentement, réconfortante contre son dos, dans un dessin doux et sans but. " Mmmmmmm. " Elle avait laissé passer un murmure, consciente du cuir doux sous ses doigts, réchauffé par le corps de Xena, qui bougeait au rythme de sa respiration.
Dieux, elle sent merveilleusement bon. Gabrielle avait laissé le mélange de cuir, de savon aux herbes, et de peau chaude et musquée emplir ses sens, se concentrant pour garder ses mains immobiles… des mains désobéissantes, qui voulaient voyager sur le corps chaud de Xena et qui restaient glacées par sa propre… peur ? Ouais. Même avec ce sentiment entre elles, elle avait toujours peur qu'un seul faux-mouvement… un seul mot de travers…
Et tout disparaîtrait, et elles reviendraient à… et bien, elle n'avait jamais pensé qu'elles avaient pu n'être 'que' des amies. Mais elle voulait ceci… pire… elle en avait besoin. Elle ne pensait pas pouvoir revenir à ce qu'elles étaient si ceci…
Il était temps d'augmenter un peu l'intensité. " Tu es vraiment douée pour ça, tu sais ? " Juste un petit coup sur le côté, juste sous les côtés, où la courbe de sa taille faisait un endroit d'accueil naturel pour la main du barde.
Xena la relâcha et se rassit, ébouriffant ses cheveux avec affection. " Si tu le dis. " Puis elle s'était recouchée, les jambes croisées aux chevilles, et avait tapoté la surface près d'elle. " Tu es d'humeur pour chasser les étoiles ? "
" Toujours. " Gabrielle avait souri et s'était posé près d'elle, se retrouvant entourée d'un bras puissant, et découvrant que l'endroit le plus confortable pour sa tête était sur l'épaule de Xena. " Hé, regarde… c'est le cygne. "
Xena avait penché la tête. " Moi je trouve qu'on dirait une catapulte. "
" Xena… " Le barde avait roulé les yeux. " Ne sois pas si… si… "
" Violente ? " avait demandé la guerrière.
" Historiquement précise. Je suis sûre que tu peux trouver quelque chose de plus… hum… imaginatif si tu essaies vraiment. " Gabrielle l'avait grondée. " Tiens… qu'est-ce que tu vois là ? " Elle avait pointé du doigt.
" Un bateau ", avait répliqué Xena très neutre.
Un autre roulement des yeux. " Xena… " Elle avait soupiré. " Un bateau, hein ? Laisse-moi deviner… avec un tas de pirates sanguinaires. "
" Nan, nan ", avait murmuré Xena rêveusement. " Un beau bateau, petit… avec des voiles bleues colorées… pas de pirates. " Elle avait cligné des yeux plusieurs fois et levé la main pour montrer. " Tu vois ? Des petites voiles, et là le gouvernail "
Gabrielle avait levé les yeux le long du bras de Xena et étudié le dessin. " Oui… OK… peut-être… mais qui est sur ce bateau ? "
Xena avait souri légèrement. " Nous. "
Un regard en coin. " Nous… tu veux dire, toi et moi ? "
Un hochement de tête.
" Oh. " Gabrielle avait senti un sourire courir sur son visage. " Ouais… OK… ça je peux le voir. "
Le feu avait craqué tout près et le vent avait soufflé sur leur campement, remuant des feuilles errantes. Mais pas assez pour couvrir sa réponse.
" Je suis contente que tu le vois. "
" T'sais, Xena… tu étais vraiment subtile ", dit Gabrielle d'un air songeur, alors qu'elle fouillait les parchemins, en se demandant lequel elle allait lire d'abord.
Les cils longs et noirs clignèrent deux fois. " Hum… je… Gabrielle... je… déteste… avoir à te dire ça… mais… hum… 'subtile' n'est pas une chose avec laquelle je suis habituellement associée ", lui dit Xena d'un ton grave. " Mais… de quoi… parlais-tu précisément ? "
Gabrielle sentit une légère rougeur ramper le long de son cou. Dieux... je ne peux quand même pas me sentir embarrassée par ça… je suis assise ici avec elle pratiquement enroulée autour de moi. Nous sommes unies. Arrête un peu , Gabrielle. " Oh… et bien… comment tu… hum… et bien, lorsque j'ai commencé à comprendre… que… hum… " Elle mâchouilla sa lèvre et lança un regard vers la guerrière patiente. " Et bien… que tu… je veux dire… tu sais… "
" Oh ", dit Xena. " Tu veux dire, quand tu as deviné que j'étais amoureuse de toi. "
Le barde plissa le nez au côté direct de la déclaration. " Ouais. "
Xena la regarda. " Subtile ? T'embrasser devant la moitié de la Nation Amazone et un village entier de Centaures, tu trouves ça subtil ? " Elle s'interrompit et remua les sourcils. " Ouaouh. "
Gabrielle laissa passer un soupir vexé et lui donna une petite tape. " Non… avant ça. "
Xena sourit un peu et se frotta le nez. " Ça… n'était pas de la subtilité, Gabrielle. "
Le barde se tourna à demi et se blottit un peu plus, abandonnant son parchemin un moment. " Ça ne l'était pas ? " Elle joua nonchalamment avec les bords du col de la chemise de nuit de Xena, tirant sur les cordons qui pendaient légèrement tout en caressant le tissu. " Je ne pense pas avoir été très subtile. " Elle soupira d'un air désabusé.
La guerrière réfréna un rire. " Non… pas vraiment. " Elle pinça le barde d'un air taquin. " J'étais… " Elle baissa les yeux. " Plus effrayée qu'autre chose. "
Gabrielle ressentit le silence. " Effrayée ? " demanda-t-elle enfin après avoir dégluti plusieurs fois. " De quoi ? " Elle rit un peu en posant le regard sur ses mains. " Tu… je veux dire, tu ne pensais quand même pas que je ne… hum… pas après tout ce… avec Velasca, je veux dire… Xena, tu étais… je savais que… tu savais… ce que je ressentais. "
Un tout petit sourire. " Oh… ça… ouais. " Les yeux de la guerrière brillèrent doucement. " Non… j'étais… Gabrielle, je n'ai jamais eu… " Un pincement des lèvres. " Un amant… qui soit d'abord un ami Elle s'interrompit pendant un long moment, à visiblement ramasser ses pensées, et le barde resta sans bouger, sans parler. " Encore moins… une meilleure amie. " Un calme profond. " Je n'étais du genre à avoir des amis en fait. "
Gabrielle leva la main et lui caressa la joue doucement. " Notre amitié était… est… très importante pour moi. "
Xena hocha lentement la tête. " J'avais… peur… ce que je veux dire, Gabrielle… c'est que les choses… changent, quand deux personnes… deviennent intimes. " Son front s'agrandit. " Je… ne voulais pas… gagner une amante… au prix de la perte… " Elle s'arrêta de parler un moment, puis continua. " La perte de ma meilleure amie. "
" Mmph. " Gabrielle choisit un gâteau sucré que Cyrène lui avait donné et le coupa en deux avec les dents, pour en offrir la moitié à sa compagne. " J'y pensais aussi beaucoup… mais… j'avais beaucoup de temps pour… penser beaucoup à tout ça pendant que j'étais chez les Amazones. "
Xena joua un peu avec les couvertures. " T'sais… je pensais t'avoir perdue à ce moment-là ", marmonna-t-elle.
La déclaration stupéfia le barde au point qu'elle laissa retomber ses mains, à plat sur la poitrine de sa compagne. " Quoi ? "
" Je savais… que ça arriverait… un jour. L'Académie des Bardes, que tu te maries, que tu décides simplement de t'installer quelque part… je me disais que les Amazones, c'était plutôt parier juste ", répondit Xena calmement. " Puis… lorsque je suis allée à Amphipolis, il m'est apparu que… " Elle s'interrompit et déglutit, un son audible dans la pièce calme. " Je ne t'avais jamais donné de raison de rester avec moi. " Elle s'éclaircit la voix, sans regarder Gabrielle. " Les nuits ont été longues. "
Gabrielle laissa sa tête retomber sur l'épaule de Xena avec un bruit sourd. " Par la grande Héra ", murmura-t-elle. "C'est ironique… si l'on considère que je n'ai rien fait d'autre pendant un mois entier, dans mes moments d'éveil… et certains de sommeil… que de penser à toi. " Elle rit sans pouvoir s'arrêter. " Ma concentration était tellement atteinte, que je crois qu'Ephiny était convaincue que, soit quelque chose ne tournait pas rond chez moi, soit je buvais la nuit dans ma hutte. " Elle fixa les yeux bleus embrumés. " Xena… j'avais tant besoin de toi. "
Je me demande si ça passait aussi par notre lien… nous nous rendions sûrement doublement malades. Xena s'en rendit soudain compte. " Et moi de toi ", admit-elle calmement, puis elle s'éclaircit de nouveau la voix. " Tu as encore des parchemins ? "
Gabrielle lui sourit. " Tu es fatiguée de sentimentaliser ? " Elle gloussa doucement au mélange de dépit et de culpabilité penaude sur le visage de sa compagne. " Tu as tort, à propos ", ajouta-t-elle en tirant sur un parchemin pour le mettre en équilibre sur son genou levé.
Xena piqua dans le plat sur la table pour trouver un autre gâteau et elle partagea gracieusement avec le barde. " A quel sujet? " marmonna-t-elle en essayant d'attraper des feuilles de pâte sur ses lèvres.
Le barde prit soigneusement soin du problème avant de consommer sa part. " Tu… m'as régulièrement sauvé la vie, tu m'as appris à être ce que je suis, tu as… tout risqué… pour moi… et tu es revenue d'entre les morts parce que j'avais besoin de toi… Xena, qu'est-ce que tu entends par 'tu ne m'as jamais donné de raisons de rester avec toi' ? " Elle se pencha en avant et embrassa doucement les lèvres de la guerrière. " Que pensais-tu qu'il me fallait… le petit déjeuner au lit tous les matins ou quoi ? "
Xena soupira lorsqu'elles se séparèrent et repoussa les cheveux des yeux de Gabrielle. " Le bien-être. La sécurité. Un foyer. " Elle fixa le barde tristement. " Ne pas t'inquiéter qu'un seigneur de guerre revanchard te passe une épée au travers du corps. "
Gabrielle renifla doucement, et jeta un coup d'œil autour d'elle, faisant un geste de la main. " Tu as un problème pour appeler ça un foyer ? " Elle cloua Xena du regard. " Quand au bien-être et à la sécurité… Xena, réveille-toi… nous ne vivons pas aux Champs Elysées, OK ? Ce monde est rude… personne n'est à l'abri. " Elle laissa ses yeux voyager sur le corps de sa compagne d'un air appréciateur. " Et… dans un endroit aussi rude que celui-ci… être protégée par la guerrière la plus grande, la plus méchante, la plus redoutablement donneuse de coup de bottes dans l'histoire de la Grèce… " Elle soupira. " Ça me paraît sacrément sécurisant. " Elle se réinstalla avec un énorme soupir d'aise et tapota le ventre de Xena. " Et c'est à moi. "
" Gabrielle ! " La voix de Xena était outragée, mais teintée de rire.
" C'est vraaaiiii ", gazouilla le barde mélodieusement. " Et tu le sais bien… cite-moi quelqu'un de mieux. "
Une pause et Xena se mâchouilla la lèvre avant de prendre une inspiration pour répondre.
" Ah, ah, ah. " Gabrielle remua un doigt. " Pas Hercule. Plus maintenant… savais-tu que j'avais gagné 50 dinars contre Iolaus là-dessus ? " Elle lança un regard narquois vers Xena.
Un silence. Xena se renfrogna. Gabrielle gloussa. " Je t'ai eue. "
" Hmph ", grogna Xena en concentrant strictement son attention sur le parchemin. La cabane était maintenant éclairée par le feu, et le scintillement de chandelles odorantes dans la pièce, et elle étudia le parchemin un moment avant de soupirer et de lever la main pour se frotter les yeux. " Désolée… c'est encore un peu flou. "
Gabrielle repoussa doucement sa tête sur l'oreiller. " Alors tu te contentes d'écouter, ok ? "
Avec le printemps était revenu notre besoin de bouger, et de voir ce qu'il y avait pour nous dans ce pays étrange. Les routes étaient rares, et les gens encore plus, mais il y avait des petits villages et nous nous rendions sur place, et Elevown marchandait ses petites proies, pour de l'argent et quelques provisions, et je faisais de même, avec mes herbes et d'autres choses que j'avais ramassées.
Nous avions vraiment trouvé ce pays étrange, et les gens encore plus, entraînés par le besoin de servir leurs propres dieux, à qui ils parlaient comme à des mortels ou à des proches. Elevown réunit des histoires sur Arès, le dieu de la Guerre, et elle plaisante sur la façon dont il serait battu par son Thor.
Un jour, nous étions parties loin à l'est de notre grotte, et arrivâmes à un petit village. Nous allâmes au marché, achetant ceci, cela, avec Elevown qui grognait des petites phrases dans la langue de ce pays, se reposant sur moi pour les mots les plus longs.
J'entendis le tonnerre, et me tournai alors que les marchands s'éparpillaient. Je vis avec horreur des chevaux arriver, montés par des guerriers en armure, leurs armes luisant dans le chaud soleil de printemps.
Ils tuent… oui, Ma Dame, je revois la boucherie, avant d'être poussée en sécurité et d'entendre un couvercle de chaume lourd se poser au-dessus de ma tête. Je combats pour voir, mais ne peux qu'entendre des cris et des hurlements emplis d'une telle terreur, qu'ils glacent le sang dans mes veines, et effrayent les deux villageoises cachées avec moi.
J'entends également un cri, qui me remplit d'une terreur absolue, tant il est familier à mes oreilles. Elevown combat, sans aucun doute, comme elle aime tant à le faire, et elle braille son cri de Viking qui sonne étrangement au-dessus des hurlements des natifs, et incapable de résister, je sors de dessous le chaume et me mets à la chercher des yeux.
Ce que je vois me glace. Elle se tient là, riant, sa hache fracassant le crâne d'un homme vêtu de cuir, faisant gicler le sang et les os sur le sol boueux. Ô ma Dame, je pense être malade. Je n'éprouve aucune joie dans l'art de la guerre, c'était le champ de bataille de mes frères.
Un fracas et tout est fini, les cavaliers partis, laissant des huttes en feu, et des vies brisées derrière eux. Mais avec horreur, je vois que ces gens acceptent cela comme une part de leur vie, et vaquent à leurs affaires, ramassant les morceaux brisés et enterrant leurs morts avec peu d'expression.
Les attaquants morts sont dépouillés de leurs armes et de leurs armures, et brûlés aussi, dans des puits profonds qui donnent l'impression d'avoir été souvent ouverts. L'odeur… me hante. L'obscurité tombe, et nous sommes loin de tout abri, mais les miliciens approchent Elevown et ils l'entraînent, lui offrant de la bière et lui posant des questions avec curiosité.
Elle parle peu, moi un peu plus pour satisfaire leurs attentes, et nous passons une soirée plaisante, le village la remercie chaleureusement pour l'aide qu'elle a apportée. Par courtoisie, ils nous offrent un endroit pour la nuit, et ô ma Dame, je les en remercie lorsque je monte à l'étage, et que je trouve un lit bien plus attirant que le sol rocailleux, ou que la terre battue à laquelle je suis habituée.
Oh, quelle douceur. Je me noie de bonheur et j'observe, du coin de l'œil, Elevown qui teste sa surface d'un doigt soupçonneux. " Ça ne va pas te manger ", lui dis-je, et elle émet ce son aigu qu'elle fait parfois, et pose sa hache sur le sol, avant de s'asseoir sur le lit comme si c'était un bateau bousculé par la tempête, et elle une mouette craintive de s'y poser.
Elle finit par s'y installer, le dos contre la tête du lit, les bras croisés sur la poitrine, une expression féroce sur le visage. Je me prépare à parler, mais en face de moi j'ai son image couverte de sang et riante, et je sais que cela se voit sur mon visage, parce que ses yeux fuient et perdent leur étincelle.
Un silence nous recouvre. " Je ne vais pas renoncer à mon amour de la bataille ", dit-elle finalement, les yeux gris brouillard pleins d'une froideur surprenante. " J'en ai trop besoin. "
Oh oui, c'est sûr, je le vois en elle. " Mon frère était comme toi ", dis-je finalement, sans savoir quoi dire d'autre. " Je suivais un chemin plus calme. "
Elle y réfléchit. " Ja… tu ne feras pas une paysanne de moi . "
" Brwydrwr… " Ma main se pose doucement sur sa manche. " Jamais. "
Ses yeux se rétrécissent comme ils le font toujours quand je parle dans ma propre langue. " Ne m'appelle pas comme ça. "
" Je dis ce qui est, guerrière. " Je ris en la voyant se renfrogner. " Ce n'est pas une insulte. "
Elle grommelle mais s'installe, en regardant les draps frais d'un oeil noir, comme si c'était un piège. " Je veillerai. "
Oui, ma Dame. Quel défi m'as-tu lancé là. C'est une gamine pétulante dans le corps d'une folle furieuse. Comme pour un âne borné, je dois la mener doucement où elle ne veut pas avancer.
" Ça t'ennuie que je chante ? " demandé-je en mettant les mains derrière ma tête pour regarder les dessins dans le bois au-dessus de moi. Je la ravis car elle adore la musique, bien qu'elle ne l'admettra jamais, et elle reste là extasiée tout en croyant que je ne le sais pas, alors que je passe du temps à me souvenir de vieux chants que je ramène de ma mémoire.
Et je chante, des mélodies douces de mon enfance avec des mots qu'elle ne comprend pas, mais le son l'adoucit et moi aussi, je dois dire, alors qu'elles me ramènent des souvenirs de chez moi, perdus depuis si longtemps.
Je vois ses yeux se fermer, et sa respiration devenir plus profonde, et je termine ma chanson en souriant, alors que son corps s'installe dans ce confort si rare, et puis je pose doucement les couvertures sur elle, en prenant garde de ne pas déclencher ses réflexes anxieux. Dans la pâle lueur de la chandelle, je vois son visage, qui, dans la douceur du sommeil, montre si clairement sa jeunesse. Mes yeux voient sa beauté, et je repousse cette pensée en mon cœur, pour plus tard, quand j'écrirai de la poésie.
Je souris et je ferme les yeux à mon tour, priant pour que les brumes paisibles m'enveloppent, avec la conscience, dans le calme de la pièce, du léger bruit de sa respiration. Elle bouge pour être plus à l'aise, son corps trahissant les intentions de son esprit et elle remonte les couvertures, et je ris doucement de sa fanfaronnade. La lumière du matin amènera un sourire joyeux à mes lèvres, ça je le sais bien.
Elle bouge, un peu agitée, et de doux mots lui échappent, je commence alors doucement un chant que je sais pouvoir la ramener au calme. Souvent elle fait cela, et je pense qu'elle rêve du naufrage, parce que j'entends le nom de son frère, mais je ne comprends pas le reste. Elle se calme comme à chaque fois mais je recommence lorsque des doigts chauds s'enroulent autour de mon poignet, et je me couche là.
Je sombre dans le sommeil, je reste sa douce captive, et la paix nous recouvre comme une chaude couverture de laine.
Gabrielle leva les yeux en faisant un sourire affectueux à sa compagne endormie. " Et je n'avais même pas besoin de chanter ", murmura-t-elle doucement, puis elle sourit. " Heureusement, d'ailleurs. " D'elles deux, c'est définitivement Xena qui avait la meilleure voix et de loin…. Gabrielle chantait plutôt faux et elle essayait rarement.
Quand à savoir si sa compagne autrefois taciturne pouvait chanter… et bien, ce n'était pas quelque chose que Gabrielle s'était vraiment demandée. Elle avait considéré ça comme acquis, étant donnée la tolérance à peine voilée de Xena pour ses essais trébuchants aux arts du spectacle, ce n'était pas quelque chose à laquelle l'ex-seigneur de guerre s'adonnait.
Puis Morphée l'avait capturée, et l'avait emportée dans son royaume, pour en faire son épouse, et lui prendre une innocence de l'âme à laquelle elle n'avait pas vraiment pris le temps de penser, son passé d'aventures si récent.
Et, bien entendu, Xena avait trouvé un moyen de l'en sortir. Comme d'habitude… bien que Gabrielle n'ait découvert que plus tard les énormes risques qu'elle avait pris pour sortir son amie du royaume de Morphée. Ainsi que les démons qu'elle avait combattus dans ses efforts. Simplement… ça avait marché.
Sauf que Gabrielle ne pouvait plus dormir les nuits suivantes, tourmentée par les rêves brumeux du monde séduisant de Morphée, qui la faisaient frissonner et garder le silence sur sa couche, le corps douloureux à cause des tensions et du manque de repos.
Jusqu'à la troisième nuit, lorsqu'une main sur son épaule faillit la faire sauter dans l'obscurité des bois qui les entouraient, et fit jaillir un hoquet de surprise qui s'arrêta immédiatement quand elle vit les traits familiers de Xena, accroupie au-dessus d'elle. " Par les dieux… tu m'as fait peur. " , avait-elle grogné après s'être arrêtée de trembler. " Xena, est-ce que tu dois vraiment t'approcher des gens comme ça par surprise ? "
Les yeux froids de la guerrière l'étudiaient. " Pourquoi est-ce que tu ne dors pas ? " Ceci dit d'une voix brusque qui contenait toujours un soupçon d'impatience.
" Hummm… il n'y a pas de raison particulière. Je réfléchissais ", avait répliqué Gabrielle. " C'est permis, non ? "
Les points bleu glacier l'avaient transpercée. " Pendant trois jours ? Ça fait beaucoup pour réfléchir. " Une petite pause. " Qu'est-ce qui se passe ? "
Oh. Gabrielle avait soupiré, un peu confuse. Je présume qu'elle a remarqué. Bon, puisqu'elle le demandait. " Je… hum… c'est idiot vraiment… c'est juste… de mauvais rêves. " Elle avait senti la rougeur monter en disant cela, et elle avait levé les yeux vers Xena, s'attendant à moitié au regard exaspéré qu'elle recevait souvent.
Au lieu de ça, la guerrière avait soupiré et s'était laissée tomber près d'elle, s'appuyant contre le rocher près duquel sa couverture était posée, étirant ses longues jambes vers le feu. " Allonge-toi. "
Intriguée, elle l'avait fait, posant sa tête à contrecœur sur l'oreiller, et fixant la guerrière assise près d'elle. " Ce n'est rien… vraiment, Xena… juste des rêves idiots… ça va passer. " Puis les longs doigts avaient touché ses tempes et elle avait senti un léger chatouillis passer en elle alors que les mains expertes de Xena apportaient une léthargie apaisante. " Oh… ouah… ", avait-elle dit dans un souffle. " Je ne savais pas que tu savais faire ça. " Puis devançant le discours de Xena. " Je sais.. je sais… tu as de nombreux talents. "
Cela lui avait valu un sourire de sa compagne silencieuse, et un doux son avait empli ses oreilles, un son bas et riche qui avait immédiatement retenu son attention. " Hé… tu chantonnes ? "
Le son s'était arrêté et le sourcil de Xena s'était dressé. " Non. "
Gabrielle avait fait la grimace et reniflé. " Si, tu chantonnais. " Elle l'avait regardée, fascinée. " Tu sais chanter ? "
Un autre regard sévère. " Non. "
Mais le visage de Gabrielle s'était fendu en un sourire. " Je parie que si. " Sa voix était devenue persuasive. " Allons… Xena… tu ne dois pas en avoir honte… je me le suis toujours demandé parce que ta voix, quand tu parles est si… si… " Elle avait hésité en voyant l'expression d'incrédulité sur le visage de Xena. " Elle est si belle. ", avait-elle fini par dire avec un sourire mutin.
" Quoi ? " Xena avait roulé les yeux. " Gabrielle, il faut que tu fasses vérifier tes oreilles. "
Elle était devenue sérieuse tout à coup. " Non… crois-moi, Xena… tu ne parles pas souvent. Je fais attention quand tu le fais. " Pas comme toi, par exemple, avait ajouté son esprit désabusé. Elle n'entend probablement pas un mot sur cinquante. " S'il te plaît ? J'aimerais t'entendre chanter… juste un peu… un refrain par exemple… pas grand-chose… peut-être que ça fera partir ces clochettes bizarres de mon esprit. "
" Des clochettes ? " av